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Mali : Loin de l’intermédiation des hyènes

le 7 avril 2012 à 11:40 

Alors que le pays est en voie de désagrégation, que la famine menace ses habitants, que la guerre civile est une réalité au quotidien et que le coup d’Etat des militaires révoltés, contre un gouvernement autiste aux problèmes de son peuple, est relégué au dernier plan, l’embargo décidé contre le Mali par la Communauté des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) est maintenu malgré tout.

Et pour faire dans le tragi-comique un porte-parole de cette organisation, le ministre burkinabè des Affaires étrangères, Djibrill Bassolé, annonce qu’un travail est en cours «pour créer les conditions de levée des sanctions», levée prévue pour «très bientôt» d’une série de mesures assassines : la suspension du Mali de toutes les instances de la CEDEAO, le rappel des ambassadeurs de l’organisation pour consultation, la fermeture des frontières, le gel des avoirs du Mali à la Banque Centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) et le non-approvisionnement des banques nationales et la suspension des programmes d’aide au développement.

Le temps de revenir là-dessus représente, à n’en point douter, des délais prévus par des instructions inavouables. Car la CEDEAO est prévue pour aller «mettre de l’ordre» en rétablissant par la force des armes on ne sait quelles institutions après ce qui vient de se produire dans le nord du pays. A ce propos, un appel d’intellectuels maliens daté du 4 avril débute avec, en exergue, ce proverbe bamanan: «Que les chèvres se battent entre elles dans l’enclos est préférable à l’intermédiation de l’hyène».

L’appel est un brûlot qui met en lumière les causes de la détresse malienne et les enjeux qui se tapissent derrière les cliquetis d’armes et les déclarations éplorées de l’ancienne puissance coloniale et des Etats-Unis. Sans préjuger des intentions réelles et de la stratégie des uns et des autres, il est patent que tout ce qui pourra venir des grandes puissances sera intimement lié à leurs intérêts bien compris. Ainsi, quel que soit le rapport de force à l’intérieur des frontières maliennes, la tendance centrale sera à l’ingérence de façon à faire déboucher la crise sur la situation la plus favorable à la mainmise sur les richesses présentes et à venir du sol et du sous-sol maliens.

Sur le terrain et en l’état actuel des choses, la partition de l’Azawad, sous contrôle apparemment total du MNLA (Mouvement National de Libération de l’Azawad), semble devoir constituer la donnée qui influera principalement sur la suite de la crise, si on exclut la capacité des groupes islamistes à imposer une autre issue aux événements en cours. «Lorsque nos unités ont atteint Douentza, que nous considérons comme la frontière, l’offensive militaire est déclarée finie», une déclaration du MNLA, qui révèle, en soi, les objectifs de la guerre, semble confirmer que le mouvement est conforté dans ses ambitions de se placer en position d’imposer ses revendications historiques concernant les politiques de développement du territoire targui. Une décision de sécession ou même d’autonomie n’est pas encore tombée et il serait plutôt question d’une prise en considération concrète et négociée des déficits dont souffrent les Touaregs.

D’où la nécessité d’une solution interne aux Maliens, seuls à même de produire les propositions qui les concernent. L’appel des intellectuels ne dit pas plus que cela, que la justice envers le peuple du Mali, «dans les circonstances actuelles, commence par la levée immédiate de l’embargo qui lui est infligé et la reconnaissance de son droit à l’initiative, de penser et de proposer à la CEDEAO une stratégie concertée de sortie de crise». Toute politique bien intentionnée ne devrait pas y déroger.

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