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Mali : Face à la menace, la junte militaire profite de la situation

le 9 avril 2012 à 7:07 

Finalement, les militaires mutins maliens ont compris qu’ils avaient commis une grave erreur en renversant, le 22 mars dernier, le président Amadou Toumani Touré. Ils ont été non seulement condamnés par l’ensemble de la communauté internationale, mais le pire c’est qu’ils se sont retrouvés seuls dans une impasse. Ils ont offert un «cadeau» aux rebelles du Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA) qui ont su saisir l’occasion pour prendre les villes du nord malien. En fin de compte, se sont eux qui profitent de la situation…

La junte militaire au Mali s’est engagée vendredi dernier à remettre le pouvoir aux civils dans le cadre d’un accord avec la Cédéao, qui a menacé de recourir à la force pour préserver «l’intégrité territoriale» du pays après la déclaration d’indépendance du territoire de l’Azawad, au Nord, par le Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA).

«Nous sommes parvenus à un accord qui permettra dans les heures et les jours à venir de mettre effectivement en place les organes prévus par la Constitution et qui fonctionneront de manière régulière», a annoncé avant-hier le ministre burkinabè des Affaires étrangères, Djibrill Bassolè, au nom de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao). Il s’exprimait à Kati, le QG de la junte, près de Bamako, après la lecture par le chef de la junte malienne, le capitaine Amadou Sanogo, de l’intégralité de «l’accord-cadre» de cinq pages prévoyant un président intérimaire en la personne du président de l’Assemblée nationale, un Premier ministre et un gouvernement de transition ainsi qu’une future loi d’amnistie pour les putschistes.

Le Parlement malien (monocaméral) est actuellement présidé par Dioncounda Traoré, qui était vendredi dernier à l’étranger, d’après diverses sources. L’accord stipule encore que le président intérimaire aura «comme mission d’organiser une élection présidentielle dans le délai constitutionnel de 40 jours».

La Cédéao a également demandé que le président malien Amadou Toumani Touré, renversé le 22 mars par la junte, soit protégé et libre du choix de sa résidence, a ajouté le ministre burkinabè, représentant du médiateur dans la crise malienne. Le président en exercice de la Cédéao, l’Ivoirien Alassane Ouattara, a demandé, à son tour, la levée «immédiate» des sanctions de cette organisation contre le Mali à la suite de l’accord, a encore annoncé M. Bassolè. La Cédao a imposé un embargo diplomatique et économique total au Mali.

Réunie à Abuja, la capitale nigériane, la Cédéao a menacé d’autre part vendredi de recourir à la force pour préserver «l’intégrité territoriale» du Mali après la déclaration d’indépendance du territoire de l’Azawad, qu’elle rejette totalement. Dans un communiqué, elle «rappelle à tous les groupes armés du Nord du Mali que le Mali est un pays indivisible et qu’elle usera de tous les moyens, y compris le recours à la force, pour assurer l’intégrité territoriale du Mali». Mieux, le Cédao avait envisagé, dès le coup d’Etat contre l’ex-président malien ATT, d’envoyer une force militaire composé de 2 000 à 3 000 hommes. Les chefs d’état-major des armées de la Cédao, réunis jeudi passé à Abidjan, ont élaboré un «mandat» pour cette force, qui reste à valider par les chefs d’Etat.

La Cédéao «dénonce» et juge «nulle» la proclamation de l’indépendance de l’Azawad, vaste zone dominée par des groupes armés islamistes et criminels, selon les termes de son communiqué. Elle réaffirme son attachement à l’unité et à l’intégrité territoriale du Mali. La proclamation de l’indépendance de l’Azawad a renforcé la confusion régnant dans cette vaste zone, au bord du désastre humanitaire, qui compte plus de 210 000 réfugiés et déplacés depuis le déclenchement de la rébellion du MNLA, mi-janvier. La proclamation d’indépendance, faite par un porte-parole en France du Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA), Mossa Ag Attaher, officialise la division du Mali entre le Sud des militaires putschistes et le Nord en proie à l’anarchie.

La position de l’Algérie face à la situation au Mali

L’Algérie, voisin du Nord et puissance militaire régionale dont sept diplomates ont été enlevés jeudi à Gao, «n’acceptera jamais une remise en cause de l’intégrité territoriale du Mali», avait déclaré dans un entretien le Premier ministre Ahmed Ouyahia au journal Le Monde.

Alger a annoncé une réunion des ministres des Affaires étrangères d’Algérie, du Niger et de la Mauritanie, dimanche à Nouakchott, pour discuter de la situation, en l’absence de représentants du Mali. Il y a urgence : les effets combinés de la sécheresse, des violences et des graves atteintes aux droits de l’homme commises dans le Nord font que cette région est «au bord du désastre humanitaire», selon Amnesty International.

Le front anti-junte, qui regroupe partis politiques et organisations de la société civile, a appelé l’ONU à intervenir d’urgence «pour éviter une catastrophe humanitaire» en particulier à Gao où «des menaces d’interruption des fournitures d’eau et d’électricité planent» et où «des enlèvements de petites filles sont également signalés».

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