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Melenchon. Comment jouer des médias et « Facebook » pour créer la surprise ?

le 22 avril 2012 à 18:12 

Parti d’un débit d’étiage situé par les sondages entre 5 et 6% il y a à peine quelques mois, le Front de gauche porté par un Jean-Luc Mélenchon transfiguré, se situerait aujourd’hui entre 13 et 17%, et même selon certaines projections devancerait le Front national. Il convient de signaler que cette progression remarquable est due autant à la fraîcheur dans le fond que dans la forme d’un discours politique désormais traditionnel et convenu qui fait surtout progresser, dans les démocratie occidentales, les taux d’abstention.

Avec l’avènement de la radio et plus nettement avec l’intrusion invasive de la télévision (à partir des années soixante) et d’internet (au cours de la décennie 1990), beaucoup ont pronostiqué la fin des partis politiques de masse et surtout l’«irréversible» rupture physique entre les hommes politiques et leurs électeurs. Finis les rassemblements des foules au pied des estrades, les drapeaux claquant au vent, tels qu’on peut les revoir dans des documents d’archives en noir et blanc, datant des années trente ou des grands rassemblements des foules des années cinquante que la télévision n’avait pas encore dispersées.

Le petit écran s’interpose de manière définitive pour médiatiser le lien politique dans la société civile dominée par internet, toile qui intègre, interfacés par la grâce du modem, toutes les quincailleries technologiques numériques miniaturisées, tous les médias connectés, du téléphone à l’ordinateur et du satellite à la télévision. Ce sont désormais les studios normalisés, les images et le son strictement contrôlés, qui vont devenir les temples du discours et des débats politiques formatés entre hommes-troncs conditionnés. En sorte qu’il fut devenu très difficile de distinguer hommes de média et hommes politiques, consanguinité qui se prolonge jusque dans l’espace de l’intimité matrimoniale.

La campagne de Jean-Luc Mélenchon bouleverse ces schémas calibrés et provoque une révision déchirante chez les spin doctor qui entourent de leurs compétences des candidats que les médias «officiels» ont placés d’office au second tour. Sans que l’on puisse en mesurer l’exacte influence, la publication des sondages aussi abondants qu’insidieux produit un indéniable effet de «prophéties auto-réalisatrices». Devant le succès de ses meetings et l’affluence de plus en plus grande que connaissent ses prises de parole, les autres candidats à l’élection présidentielle se perdent en confusions. Des erreurs de raisonnement similaires ont été commises lors de l’apparition du cinéma (qu’on craignait évincer le théâtre) ou de la télévision (soupçonnée de menacer la presse). On oublie trop souvent que ce sont les films de science-fiction qui souffrent le plus du temps qui passe et de l’obsolescence.

Certains pensaient peut-être qu’il en est des foules de sympathisants entassées dans les salles surchauffées comme des spectateurs payés pour applaudir sur ordre d’un chef de claque au cours des émissions de télévision, ou des supporters dans les matches de football : un simple décorum, un environnement sémiologique nécessaire à la tenue du spectacle. Les vrais clients, les vrais destinataires du message, les électeurs étant ailleurs, derrière leurs écrans. Dans les meetings de Mélenchon, les milliers de personnes qui assistent à sa prestation ne sont pas seulement des spectateurs qui témoignent. Ils participent aussi d’une action politique performative.

«On ne croit qu’en ceux qui croient en eux», disait Talleyrand-Périgord. L’habileté du rhéteur réalise cette fusion tant recherchée entre représentants et représentés, minorant sa propre promotion à quêter un siège ou un poste(1), offrant ainsi son corps à l’assistance qui, ipso facto, devient acteur à travers lui : un procédé religieux très ancien sécularisé en modèle politique (au sens étymologique, premier du mot). Est-ce en cela que consiste une démocratie participative ?

Dans la précipitation, suite aux meetings du Front de gauche de la Bastille à Paris, de la place du Capitole à Toulouse et celui de la plage du Prado à Marseille (le samedi 14 avril 2012), en attendant celui de la Porte de Versailles du 19 avril censé amplifier le mouvement initié par le Mélenchon et le défilé annoncé du 1er Mai, Sarkozy à la Concorde et Hollande au bois de Vincennes le lendemain, se sont lancés dans une forme de communication et de promotion politique jugée jusque-là plutôt désuète.

Ce qu’il y a de remarquable dans le succès de Mélenchon, c’est sa capacité à combiner des supports et des médias apparemment incompatibles et à réinsérer dans sa stratégie de communication une médiation qu’on avait cru vouée à la disparition. Avec un effet de synergie promotionnelle qui devrait faire l’admiration des spécialistes, lesquels victimes d’une inclination mimétique et moutonnière que connaissent à leurs dépens les agioteurs n’ont rien vu venir. Autant l’accent de François Hollande, habité par l’articulation syncopée de François Mitterrand, s’applique à mimer son feu saint patron, autant l’inflexion de la voix de Mélenchon évoque étrangement et paradoxalement la scansion péremptoire, l’articulation déterminée du général de Gaulle.

Sans doute, l’appel à la résistance que rugissent les foules qui le suivent, invite-t-il à une réincarnation dont de nombreux Français gardent une affectueuse nostalgie consensuelle. C’est encore là une des références qui l’opposent au Front national et à ses électeurs pieds-noirs et harkis qui dédient une haine encore tenace au fondateur de la Ve République.

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2 Réponses à “Melenchon. Comment jouer des médias et « Facebook » pour créer la surprise ?”

  1. GHAZI 23 avril 2012 10:39

    Trés bien joué pour une première, félicitation

  2. Ly Ly 22 avril 2012 12:28

    C’est pour le peuple et par le peuple de Jean-Luc Mélenchon agit. C’est la raison pour laquelle la symbiose est si forte et les meetings si populaires. C’est un effet de miroir que va de pair avec son message. Les autres qui voudraient le « copier » ne peuvent avoir son succès tant qu’ils ne défendront pas le peuple.

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