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Linky : à quoi joue l’UFC Que Choisir ?

le 16 octobre 2017 à 10:42 

UFC Que Choisir LinkyQue se passe-t-il chez UFC Que Choisir ? La célèbre association de protection des consommateurs, aussi réputée pour le sérieux de ses enquêtes que pour les scandales et autres affaires qu’elle révèle à intervalles réguliers, céderait-elle aux sirènes du buzz – quitte à se défaire, au passage, de sa probité scientifique ?

En une de son magazine papier d’octobre, UFC a ainsi décidé de relayer une enquête menée par ses soins, consacrée aux compteurs électriques communicants. Sobrement intitulée « Compteurs Linky, Le dossier noir », l’enquête entend proposer aux lecteurs un bilan du déploiement du compteur communicant, progressivement installé par Enedis dans les foyers français. Au menu : « dégâts, risques, rumeurs : Vos questions, nos réponses »…

Une enquête aux méthodes hasardeuses

Le parti-pris est évident : il s’agit bien d’un dossier à charge contre la généralisation des compteurs connectés. Mais il y a encore plus dérangeant. Une infographie glissée dans le magazine révèle ainsi les coulisses de l’enquête menée par l’association de défense des consommateurs. On y apprend que quelque 6 500 personnes abonnées à la newsletter d’UFC ont répondu à l’enquête de satisfaction. Premier problème : plus des deux tiers des répondants…n’étaient pas encore équipés du compteur Linky au moment où ils ont complété l’enquête soumise par l’association.

Seuls 2 000 lecteurs réellement équipés du compteur nouvelle génération ont donc pu partager leur avis sur le fameux boitier vert citron, « de façon détaillée et argumentée », explique le magazine. Un chiffre important, très important même, si on le compare par exemple à l’échantillon moyen des personnes interrogées lors de sondages politiques. Mais un chiffre trompeur. Ces 2 000 répondants, quelque soit le respect dû à leur témoignage, ne représentent en tout et pour tout que 0,05% des Français déjà équipés du compteur Linky.

Enfin, toujours sur le plan de la méthode, on est en droit de soupçonner qu’une partie non négligeable des personnes ayant choisi de consacrer du temps à répondre à l’enquête d’UFC sont précisément celles qui ont pu expérimenter des désagréments ou mésaventures attribués à leur nouveau compteur. Les usagers satisfaits, quant à eux, avaient certainement mieux à faire. Un comportement bien humain, certes, mais qui n’est pas sans sérieusement biaiser le résultat d’une enquête, rapidement rebaptisée en « dossier noir »…

Mais venons-en désormais au fond. 26% des usagers, écrit l’association dans son magazine papier, auraient fait part d’un dysfonctionnement de leur compteur Linky. « C’est beaucoup ! », croit bon de commenter l’UFC. Et en effet : un quart de clients mécontents, c’est même énorme pour toute entreprise qui se respecte. Sauf que nous parlons ici de 520 personnes. 520 personnes sur les plus de 6 millions de foyers aujourd’hui équipés de Linky ne représentent en réalité que 0,0086% des clients d’Enedis bénéficiant du nouveau compteur…

Polémique 1, science 0

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Il ne s’agit pas ici de minorer les désagréments qu’ont pu rencontrer ces particuliers, encore moins de remettre en cause la sincérité de leur témoignage. Mais les mésaventures expérimentées par 0,0086% des usagers de Linky justifient-elles de sortir, comme UFC s’y est trop rapidement résolue, l’artillerie lourde ? De parler de « dossier noir » ? De préférer la polémique stérile au débat constructif ?

La composition du dossier consacré au compteur d’Enedis fait ainsi la part belle aux affirmations sensationnalistes et alarmantes. Incendies, ondes électromagnétiques, défaillance d’appareils de stimulation cardiaque comme les pacemaker… Si les textes qui les accompagnent ont l’honnêteté d’éteindre les polémiques à coup d’arguments rationnels, les visuels illustrant le dossier d’UFC sont, quant à eux, exagérément angoissants. Et suffisent, pour les lecteurs les plus distraits, les moins pointilleux – et les plus préalablement convaincus de la nocivité des nouveaux compteurs – à installer une impression de danger. Pas de fumée sans feu, en quelque sorte.

Une question demeure : pourquoi avoir délibérément choisi un tel ton pour traiter d’un sujet aussi sérieux ? Qu’a-t-on à gagner à entretenir une telle suspicion, matinée de crainte ? Pourquoi, lorsqu’on s’appelle UFC Que Choisir, et avec la réputation attachée à cette vénérable institution, faire primer la polémique – plus vendeuse, assurément – sur la science ?

Etre – et entendre rester – l’association de consommateurs la plus respectée et la plus aveuglément suivie par les Français impose des devoirs. Et, a minima, une exigence de vérité. Si UFC voulait réellement informer ses lecteurs sur les compteurs communicants, pourquoi ne pas relayer, par exemple, la dernière expérience conjointement menée par le CNRS et l’Université Nice Sophia Antipolis – excusez du peu ?

Baptisée TicElec, pour « les Technologies de l’information pour une consommation électrique responsable », l’expérience a démontré que les ménages équipés de dispositifs leur permettant de suivre leur consommation d’électricité ont tendance à réduire cette dernière. Des résultats prometteurs, scientifiquement validés, loin du scandale et de la polémique facile.

N.Pillon

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