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Orgueil et préjugés chez les télécoms : entre FTTLA et FTTH, la guerre est déclarée

le 6 juin 2014 à 18:02 

ftth-sdgttla3Alors que l’ARCEP a publié son Observatoire du marché des communications électroniques, la fibre optique et ses différentes technologies sont au cœur de la polémique. Orange, Free et Bouygues, utilisant du FTTH, critiquent à l’unisson la technologie FTTLA de Numericable qui pourrait bien prendre des parts de marchés importantes grâce à son rachat de SFR. Entre FTTH et FTTLA, qu’en est-il vraiment ?

« Le FTTLA (technologie de Numericable alliant fibre et câble) n’est pas le FTTH (technologie fibre jusqu’à la maison), nous le savons bien chez Bouygues Telecom » précisait il y a quelques jours le secrétaire général de Bouygues Telecom, Didier Casas. Une critique qui ne tombe pas au hasard alors que Numericable vient de s’offrir SFR au nez et à la barbe de Bouygues Telecom justement. Par ce rachat, le câblo-opérateur renforce sa position sur le marché des FAI et des opérateurs, particulièrement sur le marché des entreprises où il capitalisera bientôt 30 % et la concurrence s’en est bien rendu compte. Depuis plusieurs semaines, on assiste en effet à un déboulonnage dans les règles de l’art de la technologie de fibre optique choisie par Numericable, le FTTLA. Mais qu’en est-il vraiment ? Y a-t-il réellement une différence ressentie par les abonnés entre ces différents types de raccordement ?

FTTLA et FTTH : quèsaco ?

Dans un monde parfait, chaque foyer serait raccordé directement en fibre optique au pas de sa porte, mais ce type de déploiement est trop coûteux pour être généralisé sur la France entière. Les opérateurs ont donc développé différentes manières d’acheminer le très haut débit par fibre optique dans les foyers, parmi lesquelles le FTTLA (Fibre jusqu’au dernier amplificateur) et le FTTH (Fibre jusqu’à la maison). Sans aller trop loin dans les explications techniques, le principe du FTTLA de Numericable est de remplacer le réseau câblé de l’opérateur par de la fibre jusqu’à l’amplificateur le plus proche de l’abonné pour ensuite acheminer le très haut débit jusqu’au foyer par câble coaxial. Le FTTH consiste quant à lui à amener la fibre optique jusqu’à la prise murale de l’abonné. Si l’on suit les définitions telles quelles de ces deux configurations de FTTx, le FTTH apparaît en effet comme probablement plus efficace que le FTTLA, parce que directement lié à l’abonné, sans passer par des intermédiaires et c’est probablement à cette étape de la réflexion que se sont arrêtés Orange, Bouygues et Free lorsqu’ils ont décidé de comparer les différentes fibres.

Seulement voilà, une nouvelle fois, les choses sont loin d’être aussi simples. Il existe aujourd’hui deux façons de déployer le FTTH. La première, en point-to-point (FTTH P2P) est très efficace, mais également très coûteuse et donc difficile à développer. Seul Free s’est lancé dans l’aventure et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il tâtonne encore. Bouygues Telecom, Orange, et donc également Free, ont ainsi décidé de lui préférer la deuxième solution : le « Gigabit Passive Optical Network » (FTTH GPON). Une unique fibre part du nœud de raccordement optique (NRO) pour plusieurs foyers avant que le signal soit dupliqué plusieurs fois par de nombreux boîtiers passifs jusqu’à arriver chez l’abonné. Le principe réside donc dans le fait de diviser un peu plus à chaque boîtier passif le signal de la fibre jusqu’à la prise murale. Des divisions successives qui impactent également la bande passante. Au départ de 2,4 Gbit/s en moyenne, elle se retrouve parfois partagée entre plus de 120 foyers, qui chacun s’attend à recevoir le 1 Gbit/s promit par son opérateur. Une désillusion certaine que se gardent bien de préciser les opérateurs utilisant ce type de technologie.

Techniquement, il n’y a donc rien qui prédomine, que ce soit la technologie FTTH ou la technologie FTTLA. Selon l’ARCEP et ses classements des FAI français, les résultats de ces deux technologies ne sont pourtant pas les mêmes, et une fois encore, Bouygues, Free et Orange se trouvent contredits. Les taux de pannes par fibre coaxiale sont inférieurs à ceux d’Orange et de SFR avec leur FTTH et les délais de réparations et de raccordements sont plus courts. Une question de logique. En choisissant de ne refaire qu’une partie de son réseau câblé en fibre optique, Numericable économise du temps et de l’argent. Une avance dans le calendrier qui explique également le nombre de foyers éligibles au très haut débit du câblo-opérateur. De 5,4 millions de foyers aujourd’hui, il devrait passer à 8,5 millions en 2016. Autant d’éléments qui sèment finalement le doute sur les récentes déclarations entendues dans la presse. L’intention des concurrents dans cette affaire est quant à elle très claire : mettre à terre la nouveau venu dans la téléphonie mobile et sauvegarder le mieux possible des parts de marchés qui pourraient bientôt s’envoler.

Marie Blandard

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