Top

Linky : halte à la désinformation

le 19 avril 2017 à 17:32 

Le 12 mars 2017, à l’occasion du 28e anniversaire de la naissance d’internet, son créateur, Tim Berners-Lee, s’est fait le porteur d’un message, qu’il a décidé d’exprimer via une tribune publiée le site de sa fondation. Dans cette tribune, l’informaticien britannique, affirme avoir de profondes inquiétudes sur les dérives de l’exploitation du Web. Ce dernier est notamment revenu sur un véritable fléau qui a envahi la toile ces dernières années : la désinformation. En France, nous en avons un exemple criant avec la fronde anti-Linky, menée par Stéphane Lhomme.

Tim Berners-Lee tire la sonnette d’alarme

Dans sa tribune, outre le chantage exercé par les géants du net pour récupérer nos données personnelles et la manipulation de l’opinion publique par la publicité, le père d’internet a surtout dénoncé les dangers de la désinformation, facilitée par les moteurs de recherche et les réseaux sociaux. Les « fake news », rendues célèbres lors de l’élection présidentielle américaine, se répandraient « comme une traînée de poudre » grâce à des algorithmes permettant à « des personnes mal intentionnées de truquer le système pour diffuser de la désinformation à des fins de profits financiers ou politiques », déplore-t-il.

Certaines plateformes, comme Facebook et Google, qui « gagnent davantage d’argent quand nous cliquons sur des liens », auraient en effet favorisé l’élection de Donald Trump, en laissant prospérer des fake news, diffusées par différents sites tels que le Christian Times Newspaper, qui a récolté plusieurs millions de visites en publiant de faux articles dénonçant un complot gouvernemental anti-Trump. Une centaine d’autres sites d’information factices auraient également permis à des adolescents d’un village macédonien de gagner des milliers de dollars en diffusant, eux aussi, de faux articles pendant l’élection américaine.

Linky, la désinformation à la française

En France, c’est un autre sujet d’actualité qui fait l’objet d’une campagne de désinformation depuis plusieurs mois : Linky. Le compteur communicant d’Enedis, synonyme d’économies pour l’usager comme pour l’opérateur, est une des applications directes de la loi sur la transition énergétique de 2015, qui trouve toute sa place dans la ville intelligente (« smart city ») de demain.

Comme chaque innovation, Linky a son lot de détracteurs, qui, après tout, sont en droit de remettre en question son bien-fondé. Mais pour inciter les foyers et les municipalités à refuser son installation, les anti-Linky n’hésitent pas à avoir recours à des méthodes douteuses et faux arguments qui se propagent ensuite sur le web notamment via les réseaux sociaux.

Pour faire grossir les rangs des frondeurs, Stéphane Lhomme multiplie les conférences vidéo et les publications d’articles sur internet, dans lesquels, il use et abuse des contre-vérités. L’élu girondin de 51 ans s’appuie en effet sur des arguments souvent infondés ou reflétant une infime partie de la réalité, comme lorsqu’il compare les situations française et allemande.

Ainisi, Stéphane Lhomme clame haut et fort que, si « l’Allemagne a refusé la généralisation des compteurs communicants » alors qu’il s’agit « d’un pays qui développe immensément plus les énergies renouvelables que la France », c’est qu’ « Enedis nous ment », les compteurs communicants ne favorisent en aucun cas les énergies renouvelables. En affirmant cela, notre anti-Linky omet toutefois de rappeler que la complexité du système allemand ‒ qui compte plus de 800 gestionnaires de réseaux d’électricité là où Enedis gère 95 % du marché français ‒ induirait un coût de 15 à 20 milliards d’euros pour le déploiement des compteurs communicants, contre 5 milliards en France… C’est là, la véritable raison pour laquelle l’Allemagne n’a pas généralisé l’installation de ces compteurs. Et n’en déplaise à Stéphane Lhomme, l’Allemagne a tout de même décidé d’en installer de manière « sélective », preuve que ces compteurs doivent avoir une certaine utilité…

Your ads will be inserted here by

Easy Plugin for AdSense.

Please go to the plugin admin page to
Paste your ad code OR
Suppress this ad slot.

Notre frondeur en chef préfère également passer sous silence le cas de la Norvège, où 98 % de la production électrique est issue des énergies vertes, et qui devrait avoir installé 630 000 compteurs communicants d’ici 2019. Mais aussi celui de la Suède, de la Finlande, de l’Espagne et de l’Italie, tous déjà équipés de cette nouvelle technologie et témoins, à travers divers travaux scientifiques, de l’efficacité des compteurs connectés.

Ainsi, en Grande-Bretagne, où les compteurs communicants sont déployés depuis 2011, les foyers ont constaté une économie de 90 euros par an après sa pose, grâce notamment « à une réduction de leur consommation énergétique résultant d’une meilleure information sur les coûts et usages de l’énergie », conclut une étude du ministère britannique de l’Économie publiée en août 2016. En France, le CNRS a, quant à lui, mesuré à 23 % les économies moyennes réalisées par foyer disposant du nouveau compteur.

L’inventeur d’internet appelle à la mobilisation

La désinformation peut également passer par des subterfuges bien plus grossiers. Une technique courante consiste en effet à présenter à son public des extraits ou titres d’articles pour appuyer ses propos tout en évitant soigneusement de les replacer dans leur contexte ou de les expliciter.

Stéphane Lhomme n’a pas manqué d’utiliser cette triste technique afin de nourrir sa propagande. Lors de ses conférences diffusées sur les réseaux sociaux, ce dernier projette en effet, sur grand écran, le titre d’un article du journal Le Figaro : « Pourquoi le compteur Linky allume votre lampe de chevet ou éteint votre télé ». S’appuyant sur ce titre, Stéphane Lhomme affirme que « même Le Figaro, qui n’est pas connu pour être un journal d’activiste » remet en cause l’efficacité des compteurs Linky. Or, celui-ci se garde bien de faire lire la totalité de l’article à ses spectateurs. Article au cours duquel le journaliste affirme que ce dysfonctionnement ne concernait qu’un seul accessoire (les lampes tactiles) qui était en réalité « non conforme à la norme européenne » et « qu’un technicien [était] envoyé à chaque signalement » pour reconfigurer l’installation…

Pour éradiquer la désinformation et rétablir toutes les vérités sur internet, son créateur, Tim Berners-Lee, a appelé en conclusion de sa tribune « à contrer la désinformation en aidant les points d’entrée tels que Google et Facebook à poursuivre leurs efforts pour résoudre ce problème ». Un cri du cœur en forme de plaidoyer pour davantage de transparence sur la toile, que son inventeur a conclu avec optimisme. « Pour construire le web, il a fallu notre participation à tous, et c’est à nous tous, désormais, de construire le web que nous voulons ‒ pour tous. »

 

Auteur : B. Paquin

1 Star2 Stars3 Stars4 Stars5 Stars (Pas d'évaluation)
Loading...

N'hésitez pas à laisser un commentaire ...
et oh ! si vous voulez une image pour vous montrer avec votre commentaire, allez obtenir un Gravatar!





*

Bottom