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Guerre en Libye : « Nous nous inscrivons dans la durée »

le 1 août 2011 à 1:33 

Les dépenses liées à l’intervention française en Libye sont «conséquentes», a reconnu Gérard Longuet, ministre de la Défense, dans le Journal du Dimanche d’hier, mais il considère en même temps que ces dépenses «sont à la hauteur de l’enjeu » ; que l’armée française «s’inscrit dans la durée» ; qu’aucun calendrier ne doit entraver l’intervention et qu’il «coûterait bien davantage de ne pas aller jusqu’au bout».

Depuis le 19 mars 2011, début de l’offensive alliée contre le régime de Kadhafi, c’est la première fois qu’un officiel, et pas le moindre, le ministre de la Défense annonce la couleur sur l’engagement français en Libye. Alors qu’Alain Juppé, ministre des Affaires étrangères, déclarait le 23 mars dernier, soit quelques jours après l’intervention, qu’«il n’est pas question de s’enliser, ce sera une opération de courte durée», son collègue de la défense est contraint de reconnaître que la victoire sur Kadhafi n’est pas aussi aisée et pour le chef d’état-major de l’armée de l’air, le général Palomeros, «cette guerre est la plus complexe que nous ayons eu à mener depuis longtemps ».

Après quatre mois de bombardements sur la Libye, Kadhafi est toujours là, même si Benghazi et Misrata échappent aux troupes loyalistes et sont aux mains des «rebelles» et le Conseil national de transition CNT se voit reconnu cette semaine par la Grande-Bretagne et le Portugal, après l’avoir été par la France, l’Allemagne et les Etats-Unis. L’assassinat jeudi dernier à Benghazi (capitale de la révolution) du général Younes, ancien homme fort du régime de Kadhafi, devenu chef d’état-major de la rébellion, vient encore jeter le trouble sur l’issue de cette révolution, d’autant que les versions des uns et des autres ne sont pas faites pour éclairer le mystère et que dans le même temps, l’on soupçonne des divisions internes dans les rangs du CNT. Une situation aggravée encore par des prises par la rébellion de certaines villes mais très vite récupérées par l’armée du despote de Tripoli.

Questionné justement sur la situation sur le terrain, le ministre de la Défense a eu cette réponse pour le moins optimiste mais surtout quelque peu paternaliste : «Nous assistons à un inexorable délitement du système Kadhafi. Les choses prennent du temps mais on ne peut pas en vouloir aux rebelles. Il y a quelques semaines encore, ces hommes exerçaient la profession d’avocat, de mécanicien ou médecin. Ils ne peuvent pas avoir acquis en si peu de temps l’efficacité de soldats professionnels comme ceux des troupes de Kadhafi. Mais ils sont courageux, mieux organisés, toujours protégés par la coalition.»

Lorsque le journaliste du JDD demande à Longuet si le fait que la France ait décidé de redéployer ses moyens militaires et d’envoyer des rafales sur la base de l’Otan en Sicile ne constitue pas un signe que la France s’installe dans la guerre, il répond qu’en tant que ministre de la Défense, il considère qu’«à aucun moment la contrainte militaire ne doit empêcher nos diplomates et nos politiques de rechercher une solution politique… Nous nous inscrivons dans la durée et par ce biais nous facilitons une solution négociée…

Certes l’intervention a un coût mais il nous en coûterait bien davantage de ne pas aller jusqu’au bout. Chaque jour, nos aviateurs démontrent l’autorité politique de la France». Quant à savoir ce qu’il faudrait pour que Kadhafi tombe, le ministre est catégorique : «Il n’existe pas d’avenir pour la Libye avec Kadhafi. Cette évidence devrait être mieux méditée par ceux qui le soutiennent encore.» Sachant cependant que la révolution libyenne ne peut se faire sans les Libyens, le ministre poursuit : «Il faut que les choses bougent davantage à Tripoli. Pour dire les choses clairement, il faut que la population se soulève. » Mais là encore, ce n’est pas suffisant.

Lorsqu’il lui est demandé si la France va continuer de mener cette guerre presque seule aux côtés des Britanniques, il a cette réponse qui en dit long sur les attentes françaises : «La France et la Grande-Bretagne ne sont pas seules. Mais il est vrai que la France souhaite que ses partenaires de l’UE, je pense à l’Espagne, à l’Allemagne, à la Pologne, aux nations du nord de l’Europe, l’accompagnent davantage. Plus nous serons nombreux à démontrer que rien n’est possible avec Kadhafi, plus nous parviendrons à son isolment total, plus vite cette guerre prendra fin.»

Nomination d’un envoyé spécial du CNT libyen en France

Dans le dernier point de presse, le porte-parole du Quai d’Orsay a annoncé la nomination de Mansour Seif Al Nasr comme envoyé spécial du Conseil national libyen en France. Cette nomination, selon le Quai d’Orsay, «témoigne de la relation étroite entre la France et le CNT et de l’engagement de notre pays aux côtés de la Libye nouvelle. Dès lundi (aujourd’hui), annonce le même canal, ce nouvel «ambassadeur » s’entretiendra avec Alain Juppé, le ministre français des AE. Le porte-parole des AE n’a cependant pas répondu à la question de savoir si l’envoyé spécial libyen va occuper le siège de l’ambassade libyenne à Paris.

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