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Mémoire en Algérie : « L’histoire de la révolution du 5 Octobre 1988 »

le 4 octobre 2011 à 15:53 

Vingt-trois ans, jour pour jour, après le 5 octobre 1988, que reste-t-il de ces événements dans la mémoire des Algériens ?

Bien peu de choses, assurément, sinon quelques réminiscences évanescentes qui ressurgissent, par à-coups, à chaque anniversaire à travers les manchettes de la presse nationale pour rappeler un événement qui n’a toujours pas consommé toutes ses controverses. A chacun sa vision des faits. Pour les uns, il s’était agi d’«un soulèvement spontané qui a échappé au contrôle de ses initiateurs».

Pour d’autres, «un complot ourdi par des hommes forts dans les rouages du système de l’époque, poussant le peuple dans la rue». «Un chahut de gamins qui a dérapé» et entraîné dans son sillage morts, blessés et prisonniers par dizaines. Mais que voulaient-elles, concrètement, ces légions juvéniles que les «forces occultes» auraient «sorties» de leurs chaumières pour les jeter, toute colère dehors, dans la rue, brûlant, saccageant, tout sur leur passage. La démocratie ? Le pain ? Ou les deux à la fois ? Cet événement a été pour certains observateurs, un moment d’extériorisation ou, plus exactement, un moment de contestation sociale d’une situation de crise générale latente.

Hormis des lectures, plus politiciennes que politiques, percevant dans le soulèvement les prémices de la démocratisation du pays à travers le multipartisme, la liberté d’expression et l’ouverture économique, aucune analyse sociologique, ni socioculturelle ou psychosociale n’a jusque-là était proposée pour mieux cerner cette «ruade de l’histoire» comme la définissait Kateb Yacine, afin de comprendre les tenants et les aboutissants du phénomène, loin des lieux communs établis pour cadrer péremptoirement le débat et exclure de fait toute approche autre que celle d’un mouvement surgi ex nihilo des dédales de Bab El-Oued ou de Bachdjarah.

Plus de deux décennies pleines n’ont-elles pas suffi à permettre la distanciation nécessaire aux scientifiques pour décortiquer sereinement le pourquoi de ce soubresaut «inattendu».

A peine quelques publications, qui se comptent du reste, sur les doigts d’une seule main, écrits à chaud et dans la précipitation, ont tenté, tant bien que mal, à démêler l’écheveau à bien des égards inextricable en faisant parler acteurs, victimes et figurants sans aboutir, ce n’était certainement pas le but recherché par les auteurs, à la compréhension rationnelle et objective de ce soulèvement populaire.

A part cela aucune exégèse exhaustive de ces événements et de leurs retombées sociales n’est disponible dans notre paysage éditorial. Nos artistes, itou, sont restés très silencieux face à ses péripéties qu’on dit pourtant, à tort ou à raison, décisives dans le processus d’émancipation des Algériens qu’elles auraient, nous suggère-t-on, irréversiblement enclenché. Paradoxalement au silence de l’intelligentsia à ce sujet, est venu se greffer celui des créateurs de sens, ni le cinéma, ni le théâtre, ni encore la chanson n’ont consacré la moindre séquence, le moindre texte, ne serait-ce que par devoir de mémoire tant à l’égard des victimes qu’envers les acquis, ou ce qui en reste, de ces sept jours qui ébranlèrent l’Algérie. Il y eut certes, ici et là, quelques balbutiements exégétiques autour de cette «révolution d’octobre» mais qui sont restés sans lendemain. Sans doute qu’en la matière, le confort de l’amnésie l’a emporté sur les survivances douloureuses du souvenir.

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