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Analyse : Les occidentaux vus par le « Monde Arabe »

le 5 octobre 2011 à 20:00 

Par quel bout de la lorgnette, les appréhendent-ils ? La question mérite d’autant plus d’être soulevée que ces peuples, en Afrique ou au Moyen-Orient, occupent brutalement la une de l’actualité à l’heure qu’il est.

Que ce soit dans leurs films ou dans leurs romans, les Européens ont toujours posé un regard ambigu, paternaliste sur ces régions du monde. D’ailleurs, ils n’en avaient qu’une vague idée au début du XIXe siècle. Trois événements majeurs vont projeter le monde arabo-musulman au devant de la scène internationale.

D’abord, la découverte du pétrole dans la plupart de ces pays, particulièrement en Arabie saoudite, puis plus tard au Koweït, en Irak et dans les émirats du Golfe. Ensuite, le partage en 1948 sur décision de l’ONU de la Palestine en deux, une partie pour les Palestiniens et une autre pour les juifs. Un conflit qui dure depuis plus de cinquante ans et qui empoisonne aujourd’hui les relations politiques dans le monde et même entre les pays arabes eux-mêmes. Et enfin les différentes guerres qui ont marqué cette région de la planète, à savoir les guerres contre Israël, la Révolution algérienne et l’occupation de l’Irak par les Etats-Unis.

L’intérêt que l’on porte au monde arabe, qui vit pratiquement en marge des démocraties modernes, est si important que l’on a du mal à l’étranger à comprendre sa culture et ses mœurs. Par exemple, on fait souvent l’amalgame entre Arabes et musulmans. On a du mal à comprendre le port du voile islamique pour les femmes, la polygamie quand elle est autorisée dans certains cas. On a du mal à comprendre pourquoi La Mecque est strictement interdite aux non-musulmans. On a du mal à comprendre pourquoi les prêches du vendredi ne doivent être prononcées qu’en arabe, la langue de l’islam. On ne comprend pas pourquoi le vin et le cochon sont interdits sur leurs tables, que le jeûne soit obligatoire, et pourquoi des princes, des milliardaires du pétrole, des affaires et des finances font leurs prières en plein vol, dans un avion au-dessus de l’océan.

La violence et le terrorisme d’Al-Qaîda finiront par créer bien des a priori. D’une façon générale, les étrangers ne se retrouvent plus, ne retrouvent plus leurs repères dans ces peuples si divers et pourtant si proches les uns des autres, si éloignés de leurs mœurs et de leur culture et pourtant si proches dans leur désir de liberté. Les événements de Tunisie et d’Egypte ont fait fleurir un printemps, qui fait bien des envieux. Marine Le Pen ne s’est-elle pas écriée devant ses militants juste après les événements qui ont émaillé la Tunisie : «Et pourquoi pas un printemps français, nous en avons les moyens et la volonté…»

Du mépris au… miracle

Les Arabes ont laissé, gravées et imprimées, en Occident, certaines images pas toujours flatteuses pour eux. Si vous demandez à un Français lambda, un Italien ou un Allemand tout aussi lambda, de vous situer avec précision les Etats du Golfe sur une carte géographique, il sera dans l’impossibilité de le faire. Dans leurs têtes, les Etats arabes se ressemblent tous au Moyen-Orient.

Et le Moyen-Orient pour beaucoup, c’est d’abord une immense étendue de sable, un désert aride, sans eau où vivent des tribus presque primitives au milieu de leurs chameaux, de leurs tentes et de leurs troupeaux. C’est ensuite un vaste champ de derricks pétroliers…

Depuis que les prix de l’essence à la pompe ont grimpé un peu partout dans le monde, les yeux des étrangers se tournent de plus en plus vers ces pays producteurs d’or noir que l’on a souvent méprisés et considérés comme mineurs, indignes de s’élever au-dessus de leur condition. Avec le recrutement tous azimuts de compétences dans les secteurs de l’exploration, de l’exploitation et de la commercialisation du pétrole, des milliers de cadres et de sous-traitants européens et américains se fixeront dans ces pays attirés autant par le job, le dépaysement que les salaires mirobolants qui leur sont servis.

Face au boom économique inattendu et exceptionnel de ces contrées discrètes, qui ne font jamais de vagues, les médias du monde entier se bousculeront aux portillons pour constater chaque jour que l’impossible est en train de se réaliser dans le désert. Les kibboutz du Neguev qui faisaient la fierté de Tel-Aviv sont aussitôt éclipsés par les réalisations pharaoniques de quelques émirs. Télés, chaînes satellitaires, les journalistes du monde entier assistent, bouche bée, à la transformation de ces monarchies, qui ont pris apparemment quelques bonnes longueurs d’avance sur leur siècle.

Des complexes touristiques hors normes, des tours administratives de plusieurs centaines de mètres de haut, des espaces verts, des avenues géantes naîtront du sable comme un défi au reste de la planète. Des îles artificielles verront le jour en plein océan, des hôtels, des résidences et des parcs pour hélicoptères. L’eau de mer est dessalée pour abreuver de nouveaux sillons. Le minuscule Qatar qui tient dans un mouchoir de poche, créera, à coups de millions de dollars, la plus grande chaîne télé du globe, après CNN. El Djazera est devenue aujourd’hui une référence en matière d’exclusivités et d’informations et touche actuellement 25 millions de téléspectateurs dans le monde arabe. L’émirat va même plus loin dans la course au leadership de la modernité face à Dubaï par exemple et Abou Dhabi. Il organise régulièrement sur son sol les plus grands rallyes automobiles jamais réalisés et des courses hippiques où sont conviés les meilleurs jockeys. Mieux, il s’apprête à organiser la prochaine Coupe du monde, une première dans le monde arabe.

Alléchés par des conditions de travail incomparables, des spécialistes de haut niveau dans l’architecture, dans la médecine ou dans le management, ouvrent, presque tous les mois, les portes de leurs cabinets dans ces déserts qu’ils boudaient il y a peu… Longtemps enviés pour leur immense fortune, leurs voitures de luxe et leur fabuleux pourboire, les émirs et les hommes d’affaires arabes qui passaient pour des rois fainéants et des jouisseurs sans cervelle viennent d’administrer la preuve au Vieux continent et à l’Amérique qu’ils n’avaient pas que du pétrole mais aussi des idées…

Sentons-nous le soufre ?

Le regard que va porter l’Occident sur les Arabes changera du tout au tout avec le conflit d’Israël. Les opérations suicide lancées par les kamikazes palestiniens en seront le déclencheur. La propagande de Tel-Aviv relayée par ses différents lobbies installés un peu partout dans les rouages de décision de la planète, fera passer la légitime défense d’un peuple spolié de sa terre pour du terrorisme aveugle qui menace la stabilité du monde. L’Arabe dans l’opinion publique «travaillée» par les juifs, est désormais le méchant, le cruel sanguinaire qui égorge les gentils Hébreux rescapés de la Shoah. Il faudra beaucoup de temps à cette opinion pour qu’elle se rende compte enfin de l’énormité de son jugement et de sa vision périmée de cette guerre qui n’en finit pas. Ce revirement à 180 degrés est dû essentiellement à trois facteurs.

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Primo, le soutien systématique des grandes puissances, particulièrement les membres du Conseil de sécurité à Israël et à sa politique belliqueuse.

Secundo, le massacre à ciel ouvert et parfois même en direct à la télé des populations palestiniennes, l’armée de l’Etat hébreu tirant, sans distinction aucune, sur les civils innocents, spécialement des femmes et des enfants et les hommes en armes du Fatah et plus tard du Hamas.

Tertio, le déséquilibre tragique toujours en faveur de Tel-Aviv entre les forces en présence. Les chars de Tsahal d’un côté et les lance-pierres des enfants palestiniens de l’autre. L’Intifada a remué bien des consciences. Intoxiquée par la propagande d’Israël qui a toujours joué sur le registre du petit David face au Goliath arabe, et la repentance collective, l’opinion publique internationale a fini par séparer le bon grain de l’ivraie et à comprendre que le conflit israélo-palestinien était d’abord et avant tout un conflit politique et pas antisémite, un conflit colonial au sens strict du terme. Les Palestiniens sont dès lors perçus autrement. Mais pas le reste du monde arabe auquel les Américains colleront un certain nombre de casseroles, parmi lesquelles les fameux trois B.

Le premier B signifie bombes, autrement dit les Arabes sont des terroristes et des poseurs de bombes. Le second B signifie bilions, référence aux milliards de dollars accumulés par les monarques du Moyen-Orient grâce au pétrole et qui, pour eux, frisent l’insolence. Le troisième B, tiré du mot baby, fait référence lui aux danseuses du ventre, une activité courtisane supposée être une spécialité des harems du Moyen-Orient…

Cette image du monde arabe que les juifs ont volontairement brouillée dans l’esprit des opinions n’a, en fait, aucun contour tranché, net.

Elle est floue et fuyante. Grosso modo l’Arabe est tantôt le terroriste, tantôt le jouisseur, tantôt le fanatique, tantôt l’antisémite… Bref, il est un peu de tout cela jusqu’au Trade Center. A partir de Septembre 2001, cette image va en se dégradant au point que les Arabes et les musulmans sentaient tous le soufre et la suspicion dans les aéroports de l’étranger.

Les avions, en provenance du Moyen-Orient, sont particulièrement passés au peigne fin, bagages et passagers. Notre prophète sera caricaturé dans les journaux, un exemplaire du Coran sera brûlé symboliquement aux Etats-Unis. le port de la burqa sera interdit en France ainsi que les minarets en Suisse.

Pays fréquentables et pays non fréquentables

Il y a encore quelques mois, la perception du monde arabe était plutôt simpliste en Europe, voire superficielle. Pour la majorité des citoyens, le monde arabe se divisait en deux. D’un côté les pays fréquentables comme la Tunisie, le Maroc, l’Egypte et la Jordanie et de l’autre, le reste. Dans les pays dits fréquentables qui vivent du tourisme et pour certains presque exclusivement, l’étranger est choyé, il est l’objet de toutes les attentions aussi bien de la population que des pouvoirs publics. Une fois chez lui, une fois que les vacances sont terminées, le touriste allemand ou néerlandais ne tarit pas d’éloges sur les gentils Tunisiens, les gentils Marocains et les dizaines d’Egyptiens, tout aussi gentils, qu’ils ont croisés en cours de route ou au pied des pyramides. Mais ils fermeront pudiquement les yeux sur la chape de plomb qui pèse sur ces gentils habitants et le mépris de leurs dirigeants.

Après tout, ils n’ont pas économisé sou par sou pour gagner ce voyage dans le seul but de juger la politique menée par ces potentats. Ils sont venus pour la plage et pour s’éclater, un point c’est tout. Quant aux autres pays dits infréquentables et que les tour-operators ont classés comme peu sûrs, les étrangers les appréhendent pour un tas d’autres raisons. L’Arabie saoudite par exemple, pour sa morale rigoureuse et l’absence d’alcool, le Yémen pour son manque d’infrastructures et ses camps d’Al-Qaîda, la Syrie pour son peu d’empressement à accueillir des touristes.

Quant aux monarchies du Golfe dont 60% de la population est émigrée, elles restent inaccessibles à leurs yeux dans la mesure où elles découragent le tourisme de masse au profit du tourisme haut de gamme. Dans un cas comme dans l’autre, les Arabes deviennent, à travers la grille de lecture des Européens des citoyens politiquement inclassables dès lors qu’ils supportent sans broncher leur mal-vivre, leur misère, leur marginalisation du monde démocratique et son modèle de gouvernance.
Et fatalement, ces citoyens se comparent aux Européens qu’ils voient vivre et s’épanouir toutes les années au moment de leurs vacances et se rendent compte que le fossé qui les sépare est immense. Oui, Sarkozy avait raison quand il disait à propos de la Tunisie : «On n’a rien vu venir»…

La Révolution du jasmin déclenchée en février a effectivement pris tout le monde de court… Personne ne s’attendait à de telles manifestations populaires et à une telle volonté de changement. Après «Ben Ali dégage», ce sera au tour de «Moubarak dégage» avec la même volonté d’en finir avec des hommes qui se sont rempli les poches et qui les ont privés de liberté. Bahreïn, le Yémen, aujourd’hui la Syrie avec un Bachar Al-Assad qui s’accroche de toutes ses forces au pouvoir, le monde arabe bouge, change, corrige ses erreurs, rectifie, bref se cherche et il finira bien par retrouver sa plénitude. Son image longtemps ternie n’en sera que plus vraie.

Entente

Il a été largement répandu en Europe et même en Afrique du Nord et au Moyen-Orient, que les Arabes se sont entendus une bonne fois pour toutes pour ne pas s’entendre. Mais les événements politiques de ces derniers mois témoignent de tout le contraire. Hamas et OLP se sont mis d’accord pour s’unir après plusieurs années de divorce qui n’ont pas fait évoluer la cause palestinienne d’un iota. Les nouveaux maîtres de l’Egypte ont ouvert leur frontière avec la Palestine jusque-là isolée du reste du monde et pratiquement étouffée. L’Algérie et le Maroc, selon ce qui se dit avec insistance sans être démenti, seraient à la veille d’ouvrir leurs frontières fermées.

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