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Législatives en Algérie : Pourquoi les citoyens algériens ne votent pas ?

le 6 mai 2012 à 6:51 

Alors que la campagne électorale ouverte le 15 avril dernier s’est vite essoufflée, que les réunions publiques cherchent toujours leurs publics, que les meetings ont beaucoup de difficultés à rassembler les foules, que les affiches collées le jour sont lacérées dans la nuit qui suit, le 10 mai approche inexorablement.

Or, tout indique et porte à croire que, comme pour les précédentes élections législatives, le prochain scrutin sera marqué par une forte abstention. D’où les nombreux appels à voter qui se suivent et se ressemblent depuis quelques semaines. D’où aussi les suppliques adressées au président de la République, via certains médias en ligne, pour qu’il prenne une initiative forte de nature à «booster» ces législatives….

Dans certains milieux, on craindrait un taux d’abstention si anormalement élevé que l’on est venu à réclamer l’introduction dans notre arsenal répressif, d’un nouveau délit, celui de non-exercice du droit de vote… D’autres personnalités en vue en appellent de leur côté non pas seulement au sens civique des électeurs et électrices, mais aussi à leur nationalisme, à leur patriotisme, voire même à leur foi en Dieu !

Le prochain vote nous permettrait, affirme-t-on, de nous protéger, comme avec une arme de dissuasion massive, de l’action hostile de l’OTAN, qui aurait décidé – allez savoir pourquoi et pour quel casus belli ! – de nous attaquer et d’occuper notre pays… Ces réactions aussi inquiètes qu’inquiétantes, démontrent à quel point le peu d’empressement d’une grande partie des Algériens à voter dérange non seulement le pouvoir mais aussi ce qu’on appelle «la classe politique», tous partis confondus.

Pourquoi les Algériens s’abstiennent- ils donc d’aller aux urnes ? Telle est la question simple qu’il faut se poser. Existe-t-il des moyens autres que répressifs et guerriers de les intéresser à ce scrutin et de les inciter à ne pas s’abstenir ? C’est ce qu’il faut rechercher au lieu de pratiquer la politique de l’autruche. L’abstentionnisme existe partout où des consultations électorales démocratiques ont lieu. En général, ce phénomène fait l’objet, de la part de politologues et des sociologues, d’enquêtes et d’études, dans le but de quantifier avec précision le nombre des abstentions, de sérier leurs différents types, de déceler les causes et de rechercher les voies et moyens susceptibles de limiter ce phénomène. J’avoue ignorer s’il existe chez nous des études ou enquêtes consacrées à ces thèmes.

Mais grâce à l’abondante littérature académique sur les systèmes électoraux, je sais comme bien d’autres gens que les causes de l’abstention sont en général politiques, économiques, sociales, culturelles… Il est évident que de même qu’il y a des votes d’adhésion, des votes de sanction, des votes de rejet, de protestation, de crise, il y a nécessairement aussi des abstentions — rejet, des abstentions de protestation et des abstentions de crise. Tout le monde comprend qu’il y a, par ailleurs, des abstentionnistes par ignorance ou par insouciance, ou pour des raisons de santé, d’éloignement, voire pour méconnaissance de la procédure du vote par procuration. Il y a enfin des «irréductibles» de l’abstention, lesquels, quoi qu’on fasse, ne votent jamais ! Il y aurait donc, grosso modo, un abstentionnisme «délibéré» et un abstentionnisme «par négligence» ; le premier type d’abstention a «un sens», le second est simplement «conjoncturel » et ne porte aucun message.

Ceci étant rappelé, il est prouvé que les plus forts taux d’abstention (+ de 25%) sont atteints, lorsque l’abstention a des fondements politiques et socioéconomiques ; les autres causes d’abstention (par négligence, insouciance ou je m’en-foutisme), n’interviennent que de manière marginale (2 à 4%). Or, l’abstention, qui s’annonce à l’occasion du scrutin du 10 mai, sera vraisemblablement lourde de sens et mérite d’ores et déjà qu’on l’analyse. Il y a déjà quelques signes avant-coureurs qui nous renseignent sur son importance ; j’en ai cité quelques-uns : une campagne électorale terne, peu de public aux réunions et meetings, nombreuses destructions de panneaux d’affichage, lacération des affiches dont du reste certaines ont atteint le summum du mauvais goût ou du ridicule, l’inscription de graffitis peu flatteurs.

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A cela, il convient d’ajouter l’activité fébrile qui s’est emparée des réseaux sociaux, Facebook et Twitter, où si des excès sont commis, on trouve aussi matière à réflexion. On se rend compte qu’exceptés les électeurs «encartés » dans des partis qui, de ce fait, savent d’avance pour quelle liste ils vont voter, la grande masse des électeurs, celle des citoyens qui ne sont ni militants, ni adhérents, ni sympathisants de quelque parti que ce soit, il est difficile d’opter. L’électeur moyen est en effet placé face à une quarantaine de listes, une pléthore de partis lilliputiens issus de la génération spontanée, des partis dits islamistes similaires, puisque tirés les-uns des autres comme des «matriochka » russes, des programmes politiques qui se réduisent à quelques membres de phrases formant trois ou quatre slogans en langue de bois, parfois farfelus et d’autres fois sibyllins, enfin des candidats quasiment sans CV connus, ou au contraire avec des CV délirants, comme celui diffusé par un journal électronique d’où il ressort qu’une candidate dont je ne dirai pas le nom aurait obtenu en une dizaine d’années, 6 à 7 fois le baccalauréat, et qui serait titulaire à la fois d’une licence en droit, d’une licence en biologie, d’une licence en pharmacie, d’un diplôme d’ingénieur : il ne lui manque plus que le prix Nobel ! C’est grotesque. Il y a ce constat terrible que chacun a pu faire : l’argent est partout et pourrit cette élection.

Ce à quoi le gouvernement devrait rapidement s’atteler, c’est de lutter avec la plus grande rigueur contre cette gangrène mortelle qu’est la pratique de la «tchipa» en général et, de la «chekara» qui sévit lors des périodes électorales. Il faut, toute affaire cessante, dénoncer ce mal politique absolu et clouer au pilori, sans faiblesse ni pitié, tous les «porteurs de chekara» qui vendent et achètent les électeurs, les faveurs des chefs de parti, le meilleur rang ou la bonne place sur la liste électorale, etc.

Si en dépit de tout cela, la citoyenneté encore a un sens, il est hautement souhaitable que l’on rappelle, en haut lieu et à tous les niveaux des responsabilités politiques et administratives, que les citoyens algériens sont, malgré leurs divergences politiques et leurs différences sociales et culturelles, tous des citoyens égaux ; les passe-droits et les privilèges démobilisent les gens honnêtes et sincères ; ce sont de plus, dans une société égalitaire et fière comme la nôtre, des maux sociaux dangereux qui peuvent être à l’origine d’un nouvel incendie ravageur dans un pays déjà tant de fois traumatisé. Si le politicien ou le responsable administratif ou le magistrat, ou ce qu’on appelle «el quiyada» et plus généralement le pouvoir tiennent à ce que le simple citoyen au nom et au service duquel ils agissent, les respecte je ne dis pas les craint, ce qui est autre chose il faudrait qu’en retour eux aussi le respectent. C

e serait une bonne chose que «les princes qui nous gouvernent» en montrant leur attachement à l’état de droit et aux valeurs de la démocratie, proclament haut et fort que l’Algérien a le droit légitime, inaliénable, et imprescriptible —de critiquer ses gouvernants et leur manière de gouverner et qu’il peut exercer ce droit sans être aussitôt traité de traître ou de comploteur, et traîné devant les tribunaux, antichambres des prisons. Il est par ailleurs grand temps d’en finir avec ce réflexe pavlovien qui consiste à répondre aux adversaires politiques comme aux simples contradicteurs, en agitant de façon paranoïaque le spectre du complot ourdi par des puissances mystérieuses et des forces occultes, qui activeraient avec la complicité de quelques «vendus» locaux, aspirant à mettre le pays à feu et à sang…

Que l’Algérie ait des ennemis obsessionnellement prêts à nous causer des difficultés est une hypothèse plausible, mais que nos responsables nous cachent les noms de ces ennemis-là c’est quelque chose de difficile à admettre. Il faut nommer un chat un chat et un ennemi un ennemi ! Il y a lieu, en effet, entre, d’une part, de mettre en garde ses concitoyens contre un danger réel, grave et imminent, et d’autre part, susciter leur peur. C’est de cette peur qu’il faudrait avoir peur, dirais-je en plagiant un vers de W. Shakespeare. Qu’on cesse donc de se voiler la face et de se comporter au regard de l’abstentionnisme comme l’autruche qui plonge sa tête dans le sable…

L’Algérien s’abstient de voter pour beaucoup de raisons : on vient d’invoquer très brièvement certaines d’entre elles. Mais il faut dire aussi que l’Algérien a quelques motifs de penser que ses précédents et multiples votes n’ont pas été suivis de changements positifs et qualitatifs. Ce qu’il voit et vit au quotidien c’est, soit une lente et irrésistible régression économique et sociale, soit une stagnation étalée et un immobilisme paralysant, absolument inacceptables, sachant que les caisses de l’état regorgent de devises. Qui n’a pas encore lu ou entendu cette terrible phrase et étrange oxymore : «L’Algérie est un pays riche et sous-développé.»

Le malheur dans ce pays, c’est que le changement est devenu un spectre qui hante les esprits. Or, on sait depuis Héraclite que «rien n’est permanent, sauf le changement » ! On exprimera enfin l’espoir, pas aussi utopique qu’il paraît de prime abord, que nos gouvernants, reprenant leur esprit, se fassent cette idée de bon sens, que dans toute République le pouvoir politique n’est pas un monopole attribué à vie. Il n’est pas naturellement héréditaire et transmissible, «ni ab intestat ni par voie testamentaire», à l’intérieur d’un parti, quel qu’il soit, de quelque passé glorieux qu’il se revendique ou de quelque inspiration divine qu’il se prétende dépositaire exclusif. L’Algérien a montré plus d’une fois que que lorsque les règles de la compétition électorale sont claires, que les enjeux sont honnêtes et que les choix sont décisifs, il vote en masse et point n’est besoin alors de bourrer les urnes.

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