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Les chemins de l’exode

le 9 janvier 2014 à 16:43 

Yassin_al-Haj_Saleh_wipediaEn octobre 2013, le journaliste syrien, Yassine Al Haj Saleh signait une tribune dans Courrier international, pour expliquer les raisons de son départ en exil. Il terminait son article ainsi : « Je n’ai pas d’autre patrie, pas de patrie qui me soit plus douce que ce pays effroyable. » Tous ceux qui ont connu l’enfer de l’exode pourraient reprendre ces mots à leur compte.

L’attente

De la Libye à la Côte d’Ivoire, en passant par la Syrie et la Centrafrique, le début de ce 21ème siècle nous a renvoyé des images malheureusement connues depuis la nuit des temps. Des peuples démunis, arrachés à leur terre, des familles brisées, des camps de tentes remplis de personnes aux yeux tristes scrutant un avenir impossible. Dans la majorité des cas, ils ne savent rien de la localisation ou du sort de leurs proches. Les familles sont prises par l’angoisse de l’incertitude. Malgré les efforts des Sociétés nationales à travers le monde, des ONG ou du Centre International de la Croix Rouge (CICR) pour éviter les ruptures de contacts ou pour retrouver les personnes disparues des milliers de familles restent sans nouvelle parfois longtemps encore après la fin des conflits. Par exemple, quinze années après la guerre du Kosovo, et malgré les recherches de la mission européenne, Eulex, des milliers de personnes restent portées disparues. Leurs familles se retrouvent seules, dans l’attente, avec leurs questions sans réponse et sans pouvoir commencer le difficile travail de deuil. Dans certains cas, Internet et les téléphones portables facilitent les retrouvailles, mais cela reste un fait mineur par rapport à l’ampleur du nombre de personnes disparues. En effet, comment retrouver un jeune enfant perdu alors qu’il fuyait des combats ? Comment savoir si une personne est emprisonnée dans lieu secret ou a été tuée lors d’un massacre ou a pris le chemin de l’exil sans savoir où se trouve maintenant sa famille déracinée ?

Les miracles

Régulièrement les journaux rapportent des histoires incroyables de familles qui se retrouvent 30, 40 voire 70 ans après la fin d’un conflit. Ce sont des cas rares et isolés, mais la charge émotionnelle est si forte  qu’ils sont souvent très médiatisés. Très récemment, en aout 2013, ce fut le cas d’un père et de son fils réfugiés dans la jungle vietnamienne depuis 41 ans. Ils vivaient dans les arbres, coupés du monde sans savoir que la guerre était finie. Deux sœurs bosniennes se sont retrouvées après 72 ans d’attente. L’une des sœurs avait 11 ans en 1941, elle s’est perdue au moment où sa famille fuyait son village dans le nord-ouest de la Bosnie lors de la Seconde guerre mondiale. Elle a été prise en charge par un orphelinat local, ses parents ayant été tués le contact avec son frère et sa sœur a été rompu.

C’est grâce à Facebook que les deux femmes se sont retrouvées, elles habitaient à 200 kilomètres l’une de l’autre. « Après tant d’années, nous nous souvenons toujours de nos parents, de notre frère et des événements de notre enfance, même les plus insignifiants. » ont raconté les deux sœurs après leurs retrouvailles. Il leur reste maintenant à rechercher leur frère qui aurait émigré aux Etats-Unis. Le cas de Larisa Leonidovna Drozdova est aussi atypique. Sexagénaire, résidant en France, passionnée par les poupées, elle n’était pas née lors du grand exode russe de la fin de la guerre civile en 1920, mais en réalisant des recherches généalogiques, elle a recouvré une partie de sa famille qui s’était exilée en Grèce à cette époque.  « Cette rencontre était magique » dit Larisa Leonidovna Drozdova et elle ajoute : « Même si je ne les connaissais pas, nous avions une histoire commune, ils me montraient des photos, ils me racontaient l’histoire de ma famille et c’était comme si nous nous étions toujours connus. » Chaque histoire délivre les mêmes témoignages poignants. Ainsi ce garçon séparé de sa mère par la guerre au Guatemala dans les années 80 a pu embrasser sa maman, grâce aux recherches du CICR, pour la première fois après 30 ans de séparation. Il raconte : « cette expérience est comme mourir et naître une seconde fois ». « Je connais maintenant mes frères, mes grands-parents, mes neveux (…) Ma mère n’a jamais voulu m’abandonner dans la montagne : c’est le conflit armé qui nous a fait tant souffrir. »

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