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Le procès des djihadistes de Lunel

le 11 avril 2018 à 5:28 

On attend d’un procès, qu’il prenne le temps de faire le point sur des évènements et surtout, qu’il donne le fil conducteur, qui a amené à la situation jugée. Malgré, les précautions et la méthodologie, il apparaît toujours difficile de déterminer clairement, le cheminement de pensées et les conditions locales qui ont poussé une vingtaine de jeunes de la petite ville de Lunel dans l’Hérault, à partir en Syrie entre 2013 et 2014.

Une fois mis sur la table le déroulement classique, et bien connu des spécialistes en tous genres, des faits qui mènent de jeunes gens à se radicaliser, on revient tout de même à des questions plus difficiles à résoudre. Il faut cerner plus subtilement les effets de groupes, qui peuvent expliquer notamment les raisons qui ont fait de cette petite ville, le centre d’une vague de départ pour le Jihad, qui reste l’une des plus importantes de France en proportion. Certes, de nombreux enfants d’immigrés à Lunel, ville très sévèrement touchée par le chômage, se sentent marginalisés, mais cela n’explique pas tout.

Le procès doit d’abord faire avec le fait, que la plupart des Lunellois partis en Syrie, ne sont jamais rentrés. Dans le box des accusés, on retrouve donc que cinq prévenus.

Parmi eux, Jawad S 34 ans est un repenti, il comparaît libre sous contrôle judiciaire. Il avoue cependant, s’être radicalisé fin 2013. Il avoue, avoir participé la même année à des « assises religieuses », ces réunions organisées chez un particulier, ou dans le snack « Le Bahut » tenu par Abdelkarim B.

C’est à travers lui, et sous les efforts de son avocat, que les débats avancent un peu. Le prévenu finit par reconnaître avoir tenu un discours salafiste « extrêmement véhément, extrêmement dur« , y compris en public, ce qui pourrait avoir entraîné d’autres à se radicaliser. Cependant, comme tous les prévenus, il minimise son influence au sein du groupe.

On en revient au cœur du phénomène, Jawad S explique, « il y a eu un effet de groupe. J’ai participé à ça« . Pendant l’enquête, il avait évoqué « une ambiance un peu jihad« . Une tendance à la surenchère, pour se donner de la contenance et susciter l’intérêt et le respect. « Tout le monde admirait les jeunes qui partaient là-bas, cela donnait envie« , avait déclaré un Lunellois, qui n’est pas poursuivi, au cours de l’enquête.

Il flotte dans la salle comme une ambiance de banalité qui fait peur, quand on songe aux conséquences. Cette terrible banalité de propos venant de jeunes gens, qui veulent être regardés, admirés, plutôt que simplement vu ou aperçu, qui ne savent ou ne veulent plus réfléchir, et comme beaucoup d’autres recherchent des explications faciles à leurs problèmes. Hélas, ces jeunes gens préfèrent vivre dans un cauchemar, faute d’avoir des rêves.

Espérons, que la suite du procès nous en apprenne plus sur les responsabilités de tous, sans complaisance pour ceux aussi qui tirent les ficelles dans l’ombre. Qu’il nous permette aussi d’en savoir un peu plus les méandres des pensées de chacun, pour parvenir à mieux anticiper les choses, de manière utile, et de ne pas se contenter de mesures empiriques, souvent plus redondantes qu’efficaces.

Crédit photo : Election Politique Citoyen

 

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