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Algérie : L’Aqmi est près d’Alger, et pas seulement au Sahel

le 12 septembre 2011 à 7:02 

Lors de la conférence d’Alger sur le terrorisme dans le Sahel, il a été beaucoup question de la menace que fait peser l’Aqmi depuis la chute du régime de Kadhafi. Les quatre pays du champ (Algérie, Mali, Niger, Mauritanie) et leurs partenaires occidentaux, Etats- Unis en tête, ont mis l’accent sur la coopération entre les pays de la région pour lutter contre le terrorisme dans le Sahel. Certes, la situation en Libye a été évoquée.

L’Algérie a le droit de se préoccuper de ce qui se passe à ses frontières, notamment à l’est, en Libye où un pillage en règle des arsenaux libyens va donner lieu, si ce n’est pas déjà fait, à un trafic d’armes à grande échelle au profit de l’Aqmi et des trafiquants de tout poil. C’est une source d’inquiétude réelle d’autant que le nouveau pouvoir libyen, qui n’a pas encore assuré son autorité, qui a encore fort à faire avec les kadhafistes, n’est pas en mesure (et ne le sera pas avant de longues années) de sécuriser la situation en Libye. Cette inquiétude s’ajoute à ce qui se passe à la frontière sud de l’Algérie, au Mali, au Niger et en Mauritanie. Mais, ce qui se passe chez nous est aussi préoccupant. L’Aqmi n’est pas si loin : elle est à quarante kilomètres de la capitale, dans la région de Boumerdès et de Sidi-Ali-Bounab.

Bien plus, au fil des mois et des ans, le terrorisme est bien là. Les morts se comptent par centaines depuis la promulgation des deux lois, concorde civile en 2000, puis réconciliation nationale en 2006. L’attentat perpétré contre l’Académie militaire de Cherchell, une école de renommée internationale, fleuron de l’Algérie indépendante, où 18 officiers, dont un Tunisien et deux Syriens, ont été tués, rappelle à ceux qui font mine d’oublier que l’Aqmi est tout près. Cette organisation ne l’a-telle pas revendiqué, sans rire, en signe de solidarité avec le peuple libyen en lutte contre Kadhafi que l’Algérie soutiendrait ? De plus, avant cet acte terroriste, l’Aqmi avait déjà frappé à Bordj Menaïel, à Tizi Ouzou et ailleurs.

Par conséquent, si cette organisation semble retrouver un second souffle, cela n’est pas dû seulement à la situation libyenne. Plus encore, cette conférence d’Alger montre, si besoin est, que le pouvoir politique privilégie un traitement exclusivement sécuritaire du terrorisme en lieu et place d’un traitement politique couplé à une mobilisation citoyenne. D’où le fait qu’il fasse en sorte de déconnecter le terrorisme de ce qui le légitime et qui constitue sa raison d’être, à savoir l’idéologie islamiste, et que les Algériens soient tenus à l’écart de la lutte antiterroriste, comme si elle ne les concernait pas, comme si l’objectif des djihadistes n’était pas la prise du pouvoir et l’instauration d’un régime théocratique à la talibane. Aussi, est-il permis de penser que ce traitement exclusivement sécuritaire relève d’un choix stratégique permettant au pouvoir de ne pas fermer la porte à une solution politique basée sur un compromis avec cette partie de la mouvance islamiste qui, par ailleurs, n’a jamais dénoncé les actes terroristes et qui appelle, sans risque d’être rappelée à l’ordre, à une large amnistie y compris pour Droukdel et ses amis.

En tout cas, cette stratégie a eu déjà pour conséquence de démobiliser les Algériens et de jeter le doute sur la réalité même du terrorisme islamiste, alors qu’ailleurs, aux Etats-Unis, les citoyens se mobilisent contre la menace terroriste et rendent hommage aux victimes. Pas chez nous, en tout cas. Une chose est sûre : les anciens de l’ex-FIS et de l’ex- AIS l’ont parfaitement compris, eux qui n’ont jamais dénoncé les attentats terroristes, ni pris leurs distances avec l’Aqmi, voire Al Qaïda de Ben Laden. Et pourquoi les dénonceraient-ils, pourquoi prendraient- ils leurs distances avec les successeurs de Ben Laden, quand ils observent que les plus hautes autorités du pays observent un silence pieux sur ces actes ? Aussi quoi de surprenant que Madani Mezrag et ses amis soient plus que confortés dans leur démarche et qu’ils n’aient pas renoncé à tout espoir de retour sur la scène politique avec, à la clé, la prise du pouvoir en alliance avec les islamo-conservateurs au sein et en dehors du système !

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