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Politique en Suède : la transparence et la froideur de la glace

le 13 février 2017 à 10:18 

L’affaire Fillon, a mis sur le devant de la scène les pratiques de nos élus en matière de rémunération et d’une manière générale, remet au centre des débats le thème de la moralisation de la vie politique. On ne peut que difficilement y échapper, au jeu des comparaisons, et c’est souvent le non de la Suède, qui revient comme un exemple de probité.
Tout d’abord, il faut avouer que plus généralement, depuis des années, ce sont les pays du nord de l’Europe qui sont les plus transparents et vertueux (Danemark, Suède, Finlande, Pays-Bas, Allemagne…). On peut y voir une approche culturelle ancienne du sens de la collectivité et sur la notion de « rendre des comptes ». Historiquement ancrée pour les dirigeants, c’est une approche culturelle plus froide et méthodique. Il y a aussi une vision protestante de l’éthique, qui prône traditionnellement une rigueur, voire une austérité dans leur mode de vie.
La Suède, fait donc partie de ces pays exemplaires, qui a vu Aida Hadzialic, la plus jeune ministre de l’histoire de la Suède de 27 ans, annoncer sa démission à cause d’un contrôle de police avec 0,2 g d’alcool par litre de sang. C’est un délit au regard du droit suédois, fin glaciale du parcours politique.
En 1995, un journal révèle que Mona Sahlin, la vice-Première ministre, lorsqu’elle était ministre du Travail, s’est servi à plusieurs reprises de sa carte bancaire professionnelle pour des achats privés et des retraits d’argent pour un peu plus 5 000 euros environ. Elle rembourse, cependant, le « mal » est fait. Mona Sahlin, le numéro 2 du gouvernement n’a pas d’autre choix, que de démissionner et entame une traversée de banquise qui durera près de dix ans.
On pourrait multiplier par 100, ces exemples dans ce pays où un ministre déjeune à la cantine, débarrasse son plateau et paie son repas. Il ne dispose pas, non plus, de logement de fonction, excepté le Premier ministre. Les voyages se font en classe économique,  la classe affaires est réservée aux vols de plus de 3h30. Attention, les moindres dépenses publiques sont examinées par l’administration.
On l’a bien compris, le train de vie d’un ministre se doit d’être particulièrement raisonnable. Toutes les dépenses sont d’ailleurs publiques et consultables par tous les citoyens dans chaque ministère. Vous imaginez bien que la presse est à l’affût du moindre faux pas. Les députés, eux aussi, sont soumis à ce principe de transparence. Depuis 2008, ils doivent déclarer au secrétariat du Parlement s’ils détiennent des actions, siègent dans des conseils d’administration ou exercent d’autres activités.
Cependant, ne nous y trompons pas, le fonctionnement politique n’est que souvent le reflet du pays lui-même. Ce souci de transparence s’applique au pays en entier, en fait le journal Libération fait remarquer, que seuls 12 500 Suédois ont échappé à cette contrainte en 2014, leur identité étant protégée par les autorités. Pour le reste, le souci de transparence s’applique à tous, et de nombreux documents, considérés comme privés en France, sont publics en Suède, et n’importe quel citoyen peut les consulter. En allant à l’office des impôts, on peut savoir combien gagne votre voisin, votre gendre ou votre patron.
Pas sûr, que cela nous plaise vraiment, comme on dit chez nous, « on a tous quelque chose à cacher ». S’il devient urgent, de mettre un frein aux dérives et faire accepter aux politiques d’être soumis à une exigence de transparence plus forte que le citoyen ordinaire, la moralisation générale de la vie publique ne peut pas se limiter à la politique, c’est un choix de société avec ses avantages et ses inconvénients.
Crédit photo : Alejandro

 

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