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Tunisie : Critiques contre un procès de Ben Ali sans Ben Ali

le 15 juin 2011 à 4:59 

La Tunisie commencera à juger la semaine prochaine l’ex-président Ben Ali, mais celui qui a dirigé le pays d’une main de fer pendant 23 ans ne sera pas là pour faire face à ses juges, une perspective «frustrante » pour des militants des droits de l’homme et de nombreux Tunisiens.

Le Premier ministre de transition Béji Caïd Essebsi a annoncé lundi soir sur Al-Jazeera que le procès par contumace de l’ex-homme fort de la Tunisie commencerait le 20 juin, à Tunis. M. Essebsi a aussi indiqué que la Tunisie n’avait jamais reçu de réponse des autorités saoudiennes à sa demande de lui remettre l’ancien président. Zine El Abidine Ben Ali s’était réfugié dans le royaume saoudien le 14 janvier, après un mois de soulèvement populaire contre lui. M. Ben Ali sera donc jugé à l’instar de son homologue égyptien Hosni Moubarak, mais il ne sera pas sur le banc des accusés. Cette annonce n’a pas suscité l’enthousiasme en Tunisie, certains jugeant que ce ne serait pas «un vrai procès» et d’autres qu’il s’agissait de calmer l’opinion. «Pour moi, c’est un non-événement. C’est une fumisterie. On a tout fait pour ne pas lui faire un véritable procès.

C’est un effet d’annonce pour manipuler l’opinion», a déclaré à l’AFP le journaliste Taoufik Ben Brik, opposant acharné à M. Ben Ali. Pour lui, les autorités auraient mieux fait de s’en prendre aux membres ou partisans du régime déchu encore en Tunisie. Radhia Nasraoui, militante réputée des droits de l’homme, a pour sa part jugé «frustrant » que M. Ben Ali soit jugé par contumace. Elle aurait préféré que les autorités prennent plus de temps pour obtenir son extradition. «Ça ne va pas être le procès qu’on aurait souhaité pour Ben Ali. Il est responsable de milliers de cas de torture, de centaines de morts. Sa famille a pillé le pays. Comment va-t-on pouvoir le juger s’il n’est pas là ?», a-t-elle dit à l’AFP. Cet avis est partagé par Feten, une jeune employée, qui se réjouit de l’annonce d’une date, mais juge qu’en l’absence du principal accusé le procès «n’apporte pas grand-chose».

Pour Ridha, un instituteur, l’annonce du procès vise à calmer les esprits, et pour lui c’est du «camouflage». Quant à Omar Mestiri, un des fondateurs du Conseil national des libertés en Tunisie, il estime que le procès doit être davantage celui d’un système que celui d’un homme, afin de «retenir les leçons pour que cela ne se reproduise plus jamais». Le procès doit se tenir devant le tribunal de première instance de Tunis, a indiqué à l’AFP une source judiciaire. Le Premier ministre avait déclaré lundi que M. Ben Ali et d’autres responsables de l’ancien régime, qu’il n’a pas nommés, seraient jugés pour «93 «affaires», partie devant une juridiction civile partie devant une juridiction militaire. Mais il a précisé que c’est le volet civil qui s’ouvrirait le 20 juin. Le ministère de la Justice avait indiqué début juin que le président déchu, ainsi que son épouse Leïla Trabelsi seraient jugés pour deux premières affaires.

Un premier dossier porte sur «la découverte d’armes et de drogues dans le palais présidentiel de Carthage», le deuxième sur 27 millions de dollars en liquide découverts en février par la commission anticorruption dans un palais de Ben Ali à Sidi Bou Saïd, dans la banlieue nord de Tunis. Le ministère avait précisé que des enquêtes étaient en cours visant le couple Ben Ali, sa famille et d’anciens ministres et responsables du régime déchu et concernant notamment des cas d’homicides volontaires, d’abus de pouvoir, de trafic de pièces archéologiques ou de blanchiment d’argent. Le 6 juin, M. Ben Ali a qualifié ce procès de «mascarade», par le truchement d’un avocat. C’était la première fois qu’il refaisait surface, même indirectement, depuis sa fuite de Tunisie.

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