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Tunisie, la riposte de la société civile

le 17 octobre 2011 à 11:43 

Sans attendre, des milliers de femmes et d’hommes ont manifesté hier à Tunis suite à un appel lancé sur les réseaux sociaux pour la défense de la laïcité et de la liberté d’expression.

La riposte ne s’est pas fait attendre. Par milliers, dont plus de la moitié étaient des femmes, les Tunisiens sont sortis hier dans la rue — le boulevard Mohammed V — en riposte à la manifestation violente des salafistes de vendredi dernier contre Nessma TV. «Il est interdit d’interdire», «Nous sommes musulmans et nous sommes contre l’extrémisme », «La liberté d’expression est sacrée», «Oui à la démocratie et aux libertés », lisait-on sur les pancartes portées par les manifestants qui scandaient «Le peuple veut un Etat civil». La manifestation s’est déroulée dans le calme.

Les participants, qui voulaient se rendre dans le centre-ville, avenue Bourguiba, en ont été empêchés par un cordon de policiers. Sans doute pour éviter un affrontement avec les salafistes du parti Tahrir, non reconnu par les autorités. Comme lors des évènements qui ont précédé la chute de Ben Ali, l’appel à la riposte a été lancé par quelques individus sur les réseaux sociaux, dont Facebook. Pas un journal ne l’a relayé. Les Tunisiens n’ont pas attendu que les partis démocrates et progressistes lancent un appel pour réagir et se mobiliser. Ils ont choisi de se prendre en charge et ne pas laisser le terrain aux islamistes salafistes qui avaient tenté d’incendier vendredi dernier Nessma TV et proféré des menaces de mort contre ses animateurs. Coutumier du double langage, les propos du chef d’Ennahda, Rached Ghanouchi, affirmant qu’il soutenait «le droit du peuple tunisien à défendre sa religion», assimilant les salafistes au «peuple tunisien», tout en estimant que son parti est totalement étranger «à ces actes de violence» ont glacé une partie des Tunisiens.

Une jeune militante d’Ennahda, portant une pancarte demandant «le respect de la liberté d’expression», a été quelque peu malmenée par un groupe de manifestants anti-islamistes. Côté partis politiques, seuls Ettakatol de Mustapha Ben Jaafar, qui s’est prononcé contre une «alliance avec Ennahda», le parti démocrate progressiste (PDP) de Maya Jbiri, ainsi qu’Ettajdid ont dénoncé ces actes de violence. Selon Ahmed Brahim, secrétaire général d’Ettajdid, qui fait partie d’une coalition électorale, le Pôle démocratique moderniste (PDM), «aujourd’hui en Tunisie, il y a une mouvance moderniste qui cherche à renforcer les libertés et les valeurs progressistes» et «une seconde mouvance qui souhaite utiliser les sentiments religieux du peuple et qui tente d’imposer un certain contrôle et un mode de vie bien spécifique».

Effectivement, la manifestation d’aujourd’hui est symptomatique du clivage politico-idéologique existant dans la Tunisie post-Ben Ali entre partisans d’une Tunisie moderniste, qui ne veut pas voir les acquis de la révolution du 14 janvier confisqués, et partisans d’une Tunisie régressive, en dépit du discours rassurant d’Ennahda, parti qui a pris le train de la révolution en marche, et dont le programme néo-libéral a les faveurs de la bourgeoisie commerciale marchande et celles des puissances occidentales. Donné favori, il pourrait arriver en tête le 23 octobre face à des partis démocrates et progressistes en rangs dispersés, et disposer d’une marge de manœuvre lui permettant de nouer des alliances avec des résidus du régime de Ben Ali, en vue d’imposer une Constitution qui laisserait la porte ouverte à la remise en cause des acquis modernistes hérités du mouvement national tunisien.

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2 Réponses à “Tunisie, la riposte de la société civile”

  1. OMAR 20 octobre 2011 18:16

    Pourquoi ne pas dire tout simplement que le peuple Tunisien , que je respecte beaucoup, est un peuple comme tous les autres pays musulmans. Essayez de differencier ces peuples, c’est tomber dans le piège de ceux qui veulent nous faire croire que tous les musulmans sont des intolérants et extremistes.

  2. Subaru1980 17 octobre 2011 17:45

    Des milliers vous dites, ils ne dépassaient même pas 4000, d’ailleurs la photo qui va avec cet article est ancienne et date de janvier ! je vous dis tout ça car je suis de la Tunisie, et Tunis même, cette marche qui théoriquement défendait les libertés – cause noble a juste titre – mais dans ces rang la majorité est d’une laïcité extrême, ils rejettent même l’idée que la Tunisie est un pays musulman, même l’Islam modéré c’est du terrorisme pour eux, la preuve leurs partis phare le PDM, n’accepte en aucun cas des femmes voilés dans ses rangs, si c’est pas l’intolérance et l’extrémisme ça.

    Une chose que vous devez savoir, la Tunisie a et seras toujours une terre d’ouverture et de tolérance, on seras jamais une société de Talibans l’islam orthodoxe n’a jamais existé chez nous, mais les extrémistes laïques qui jouent la provocation aux nom des libertés, ils seront rejeter eux aussi, je crois pas que si TFI diffuse un documentaire niant le holocauste juif, ça seras accepté comme liberté d’expression.

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