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Alain Juppé en Algérie : « Il n’y a pas de dossiers qui fâchent »

le 18 juin 2011 à 12:15 

Alain Juppé, le ministre des Affaires étrangères et européennes, était jeudi à Alger pour évoquer «une embellie» dans la relation entre les deux pays mais aussi inviter à ne pas «ressasser indéfiniment le passé».

Si Bernard Kouchner ne fut pas le bienvenu en Algérie, Alain Juppé, lui, a eu, a-t-il dit, un accueil chaleureux, avec en prime une audience à la présidence de la République. La conjoncture régionale a certainement grandement aidé à cette décrispation diplomatique qui a trop souffert des reliquats historiques. La situation en Libye et ses implications sécuritaires dans la région du Sahel où la France a des intérêts et le processus de paix au Proche- Orient pour lequel la France a préparé une feuille de relance sont, en plus de la coopération économique bilatérale qui a repris du tonus ces derniers temps, autant de dossiers ayant dicté cette disponibilité à l’effort diplomatique de part et d’autre. Le chef de la diplomatie française, s’agissant de la crise libyenne, a affirmé, lors de la conférence de presse conjointe, à la résidence El Mithak, avec son homologue algérien, Mourad Medelci, que «la France est favorable à une solution politique ».

Le propos d’Alain Juppé peut paraître comme un recadrage d’option et une mise en phase avec la position algérienne. Que non ! La solution politique à laquelle la France pense, a spécifié Juppé, interviendrait comme un dernier acte d’une feuille de route qui suppose d’abord un cessez-le-feu concret, un déploiement des forces de l’ONU mais surtout une décision de Kadhafi de s’écarter du pouvoir. Autrement dit, la solution politique n’interviendrait, dans l’entendement de l’Hexagone, qu’une fois que les forces de l’Otan, qui sont au demeurant à l’œuvre, auraient fait le ménage. A propos de l’intervention militaire de l’Otan en Libye, Alain Juppé dira que «la communauté internationale s’est agrandie en intervenant pour éviter les massacres des populations» et que cette intervention est conforme aux résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU. Amené à commenter la position algérienne par rapport à la crise libyenne, le chef de la diplomatie française a souligné que «l’Algérie inscrit son action dans le strict respect des résolutions du Conseil de sécurité ». A l’occasion, il devait aussi infirmer, ferme, que l’Algérie ait envoyé des mercenaires pour épauler le régime de Tripoli dont l’accusait itérativement le Conseil de transition libyen (CNT).

Un enjeu dénommé Sahel

La sécurité au Sahel ne préoccupe pas les seuls pays de la sous-région. La France s’en préoccupe tout autant. «La France a des intérêts importants au Sahel et est, par ailleurs, ciblée par le terrorisme dans la région», a souligné Juppé qui, au passage, a fait état de la disponibilité de son pays à appuyer l’initiative des quatre pays, l’Algérie, le Mali, le Niger et la Mauritanie, de lutter conjointement contre le terrorisme et la grande criminalité. Alain Juppé a souligné la disponibilité de la France «à prendre part aux prochaines réunions avec les principaux partenaires à ce sujet», ajoutant que même si la France n’est pas un pays du Sahel, elle entretient cependant des relations étroites avec la plupart des pays de la région. Il a indiqué, en outre, que l’Union européenne est également impliquée, à travers le plan Sahel, dans la lutte contre le terrorisme au Sahel africain.

Il n’y a pas de dossiers qui fâchent

Le ministre français des Affaires étrangères a indiqué qu’entre la France et l’Algérie, il n’y a pas de dossiers qui fâchent. Ceci même s’il a préféré clore définitivement la question de la repentance réclamée par certains milieux en Algérie. «Nous avons reconnu le caractère injuste de la colonisation. Cependant, la France ne s’engage pas dans une attitude de repentance. Cessons de ressasser indéfiniment le passé et projetons-nous vers une construction d’avenir», a-t-il affirmé. Alain Juppé a évoqué le dossier du nucléaire pour lequel un nouveau responsable a été nommé afin de lancer la phase de décontamination. Il a aussi annoncé la mise sur pied d’un groupe de travail pour prendre en charge le dossier des archives de la guerre de libération que la France devra ouvrir l’an prochain. Même la position de l’un et de l’autre pays vis-à-vis de la question du Sahara occidental ne serait pas un dossier qui fâche. Alain Juppé a souligné qu’il «m’a été clairement indiqué que la question du Sahara occidental n’est pas de nature à nuire aux relations entre les deux pays (Algérie et Maroc, ndlr)». Aussi a-t-il jugé les relations algéro-marocaines dans «une approche constructive et positive » et que son pays «ferait tout pour aller dans ce sens et instaurer un climat de confiance et d’amitié».

Reconnaissance du CNT par l’Algérie ?

Le ministre algérien des Affaires étrangères, Mourad Medelci, a affirmé jeudi, lors de la conférence de presse conjointe avec Alain Juppé, que l’attitude de l’Algérie vis-à-vis du CNT libyen reste adoptée par l’Union africaine. Disant cela, il répondait à une question relative à la reconnaissance du CNT par l’Algérie. Autrement dit, comme pour le gel de la participation de la Libye à la Ligue arabe, l’Algérie se conformera, s’agissant de la reconnaissance ou pas du CNT, à la décision de l’Union africaine qui pilote une feuille de route pour une solution politique à la crise libyenne.

 

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