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« Armes de corruption massive » entre la France et la Libye

le 18 juillet 2011 à 12:59 

Selon l’auteur, «aujourd’hui, les «transferts d’armements» assurent des centaines de milliers d’emplois dans les pays vendeurs, généralement au Nord. Dans les pays acheteurs, le plus souvent au Sud, les armes servent à dissuader des adversaires potentiels ou à conduire des guerres. Et à enrichir les élites… Car les contrats de ventes d’armes donnent traditionnellement lieu à des commissions occultes considérables. Et quand les industriels refusent de pratiquer la corruption, leurs carnets de commandes se tarissent…».

Jean GuisnelW propose dans ce livre un voyage inédit vers le côté obscur des industries d’armement. Après des années d’enquête, il dévoile les ressorts de ce monde régi par le secret et révèle le rôle de représentants de commerce très particuliers : ceux qui agissent dans l’ombre pour «huiler les rouages» en reversant aux décideurs une partie des sommes que leur État paiera pour acquérir des armes. D’où des portraits de personnages haut en couleur, qui n’ont qu’un désir : devenir riches. D’où, surtout, une cascade de révélations sur les dessous des grands marchés d’armement, où les responsables politiques jouent souvent un rôle déterminant. Entre la France et la Libye par exemple, il est une vieille histoire… de ventes d’armes. Jean Guisnel consacre un chapitre édifiant à cette tumultueuse relation d’affaires. Une parmi de nombreuses autres, où politique et business font mauvais ménage.

Depuis la première vente de 82 avions de guerre français, des Mirage, signée dès l’accès au pouvoir du colonel Kadhafi en 1969, les épisodes furent nombreux. L’actualité en porte les traces : les deux Mirage F1 libyens qui ont atterri à Malte le 21 février dernier, leurs pilotes ayant refusé de tirer sur les manifestants opposés au régime, sont les survivants d’un marché conclu dans les années 1970. C’est en 2006 que les affaires ont repris, après une vingtaine d’années de tensions, consécutives au conflit territorial avec le Tchad, puis aux attentats meurtriers dans lesquels la Libye a été accusée d’être impliquée. Nous sommes le 21 octobre 2006, raconte l’auteur Jean Guisnel, et Michèle Alliot-Marie, alors ministre française de la Défense, rend visite au colonel Kadhafi. Le chef de l’Etat libyen accueille son hôte en demandant des nouvelles de son compagnon, Patrick Ollier, député à l’époque et président du groupe d’amitié France- Libye, un ami, et qui est actuellement ministre des Relations avec le Parlement. La ministre(**), alors, espère capitaliser une série de contacts et de discrets rapprochements qui ont eu lieu depuis plusieurs années.

Quand les Occidentaux… violent l’embargo sur le commerce des armes !

Car si l’embargo sur le commerce des armes, décidé en 1992 par l’ONU à l’encontre du pays, n’a été levé qu’à l’automne 2004, c’est dès le début des années 2000 que «les marchands d’armes français commencent à reprendre le chemin de Tripoli», écrit Jean Guisnel. Pour une raison simple : «Les contrats d’armement prennent tellement de temps que les entreprises s’estiment fondées à entamer les prospections.» Dès 2001, le gouvernement français a ainsi autorisé la reprise des contacts commerciaux pour les firmes françaises d’armement Thalès, Eurocopter ou Dassault. La France n’est pas seule : en 2003, les Américains, avec les Britanniques, entament une démarche de normalisation avec la Libye, longtemps considéré comme un Etat voyou, tout en lui faisant renoncer à son arme nucléaire. Les Russes, fournisseurs traditionnels, mais aussi les Italiens, sont aussi dans la course.

Dans celle-ci, «les industriels français n’obtiendront jamais que des lots de consolation», précise l’auteur. Malgré cela, la bagarre est rude, entre entreprises françaises même. En témoigne le contrat de rénovation des vieux Mirage F1. Dans cette unique affaire, l’auteur a identifié sept intermédiaires différents qui prétendaient tous toucher des commissions. Parmi eux figurent le Franco- Libanais Ziad Takieddine (voir article ci-dessous), qui apparaît aussi dans la vente des sous-marins français au Pakistan en 1994, et Roger Tamraz, homme d’affaires libanais entré dans le dossier grâce à Jacques Boyon, ex-secrétaire d’Etat à la Défense de 1986 à 1988.

Où l’on retrouve Pierre Falcone, intermédiaire véreux dans le scandale de l’autoroute Est-Ouest

En 2007, juste après la libération par la Libye des infirmières bulgares pour laquelle le président Nicolas Sarkozy avait envoyé son ex-femme à Tripoli, le fils de Kadhafi, Seïf Al-Islam, s’est félicité dans le quotidien le Monde d’un accord de 100 millions d’euros sur la fourniture de missiles. Là encore, les discussions ont commencé des années plus tôt. Depuis, la France espérait vendre pour près de 2 milliards d’euros d’armement à Tripoli, dont des avions Rafale. En vain. Car, explique encore l’auteur, «le cadre international des compétitions en matière de vente d’armes est défini aux Etats-Unis et nulle part ailleurs».

Dans le livre très documenté de Jean Guisnel, on retrouve l’Algérie à travers l’intermédiaire Pierre Falcone et son implication dans le scandale de l’autoroute Est- Ouest, le versement de pots-de-vin pour l’obtention de marchés publics. Une conclusion de l’éditeur : «À l’heure où les institutions internationales prétendent «moraliser» ces marchés, ce livre montre l’ingéniosité dont font preuve les «marchands de canons» pour renouveler des méthodes de corruption vieilles comme le monde…»

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