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Libye : un pays sous la coupe réglée des seigneurs de la guerre

le 19 février 2012 à 12:13 

Le cœur n’y est pas. La démocratie, le pluralisme, les libertés ne sont pas au rendez-vous. Un an après le début du soulèvement populaire, soutenu par l’Otan, qui a entraîné la chute de Kadhafi, la Libye est sous le règne des amis de Bernard-Henri Lévy, les seigneurs de la guerre, pompeusement présentés par ce dernier comme les nouveaux «Massoud».

Rien qu’à Tripoli, pas moins de 123 milices armées font régner leur loi. Les affrontements entre milices, les arrestations arbitraires, la torture rythment le quotidien des Libyens. Même ceux qui ont rallié la «révolution» en plein soulèvement ne sont pas épargnés. C’est le cas de Omar Brebech, ancien ambassadeur, doyen de la Faculté de droit de Tripoli, arrêté par une milice, «la brigade des 10 martyrs », dont le corps défoncé a été retrouvé sur une décharge publique, les ongles arrachés !

D’autres, comme Khelifa Haftar, chef d’état-major de la nouvelle armée libyenne, laquelle n’existe que sur le papier, dont le convoi a été arrosé par des milices, a dû démissionner avant de se réfugier dans son fief tribal ! Pire, Amnesty international a fait état de 6 000 détenus, dont certains morts sous la torture, de 200 jeunes femmes violées, après avoir été séquestrées par ces chefs de guerre disons-le au risque de choquer en mal de chair fraîche ! Bien plus, la chasse aux migrants africains, accusés d’avoir servi Kadhafi, se poursuit. Dans ce chaos, deux hommes émergent.

D’un côté, Abdelhamid Belhadj, l’ancien djihadiste adoubé par Ben Laden, soutenu et armé par le Qatar et médiatisé par Al- Jazeera, qui vient de créer le Mouvement pour le changement islamique, dont les hommes roulent dans des 4-4 blindés rutilants payés par les Qataris, mais dont l’autorité ne va pas au-delà du centre de Tripoli.

De l’autre, Abdellah Nekar et ses milices de Zentane, chef du Conseil des révolutionnaires de Tripoli, dont les troupes tiennent une partie de la ville. Quant au CNT, cette présumée autorité, désignée ou élue dans des conditions opaques (la Libye était encore au trois tiers contrôlée par Kadhafi), censée gouverner le pays, son autorité reste théorique. Pour preuve, son appel aux milices à déposer les armes et intégrer la nouvelle armée libyenne avant le… 20 décembre est resté lettre morte ! En fait, en prévision de l’élection de l’Assemblée constituante en juin prochain, chacun de ces seigneurs de guerre entend peser sur la situation.

A l’arrière-plan, dans ce pays où le tribalisme, sur fond d’islamisme salafiste, structure le champ politique, les Toubous, ethnie vivant à cheval sur la Libye et le Tchad, sont la nouvelle cible des «Thouars». Selon le Rassemblement national des Toubous, les «Thouars» acheminés par avion auraient commis le 16 février dernier un massacre dans l’oasis de Koufra, tuant plus de 60 Toubous. Le tout dans un contexte d’une économie fragilisée où seul le pétrole continue de couler car l’Otan a veillé à préserver la Libye utile. Le reste, elle s’en fout !

Pour conclure, par ces temps de paresse intellectuelle, afin qu’on ne nous accuse pas de regretter le guide libyen, sodomisé avec une baïonnette avant d’être exécuté, ce dernier est le premier responsable de cette situation, ne serait-ce que parce qu’il avait le temps, avant qu’il ne soit trop tard, de se retirer du pouvoir, d’ouvrir le champ politique et médiatique et épargner à son pays la situation qu’il connaît aujourd’hui. Or, à l’image de Néron observant l’incendie ravageant Rome en l’an 64, Kadhafi était persuadé que l’incendie qu’il avait provoqué allait se retourner contre ses ennemis !

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Une réponse à “Libye : un pays sous la coupe réglée des seigneurs de la guerre”

  1. Quakbuster 20 février 2012 08:56

    Définitivement, veuillez cesser de parler d’un soulèvement populaire en Libye à l’origine de la chute de Kadhafi! Le foyer de la soi-disante révolution fût un nid de contestataires historiques d’une tribu concurrente, qui trouva tout à coup l’appui de l’Otan pour la bonne raison que Kadhafi avançait significativement dans son projet d’Union Africaine. C’est ça que les USA combattaient vraiment, en Libye, en Égypte et aussi en Tunisie, et qui ne risque plus d’être d’actualité avec des islamistes au pouvoir, tant ces gens sont garants d’un chaos qui, au passage, permettra aussi de reprendre un peu la main au niveau des ressources en pétrole et autres matières premières tant convoitées. Et tant pis pour les populations!

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