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Libye : La guerre de tous les dangers

le 19 juin 2011 à 0:42 

Le discours des spécialistes en relations internationales a ceci de particulier : évacuer du débat toute «rodomontade» idéologique.

C’est dans ce sillage qu’un panel d’enseignements à la Faculté des Sciences Politiques a traité de la question libyenne au cours d’une conférence-débat tenue, hier, au Centre d’études stratégiques du quotidien national Echaâb, à Alger. Il faut dire qu’au-delà des brillantes analyses développées, fortement argumentées, d’aucuns ont convenu sur un avenir sombre d’une Libye soumise à la merci des puissances mondiales, quand ce n’est pas ses enfants qui y vont de leurs propres stratagèmes.

Pour le professeur Sahel Makhlouf, l’option militaire soutenue par les pays occidentaux, dans le cadre de l’Otan, a montré, jusqu’ici, ses limites dans la traque de Mouammar Kadhafi. D’autant plus que cette crise libyenne n’a que trop duré, et coûte des millions de dollars/jour à des pays, comme les Etats-Unis, ébranlés par la crise financière et dont l’intervention militaire est publiquement désapprouvée par le Congrès.

D’où, assure le conférencier, le début de revirement dans la position des pays de l’Otan qui, désormais, plaident de plus en plus ouvertement, comme l’a laissé entendre à Alger, le ministre français des Affaires étrangères Alain Juppé, pour une sortie de crise politique. Dans le cas contraire, et devant le refus du dirigeant libyen de céder le pouvoir, comme c’est le cas aujourd’hui, M. Sahel nourrit de sérieuses craintes de voir le pays partagé en deux parties, entre les pro et anti-Kadhafi.Son collègue Mustapha Saïdj va plus loin dans l’hypothèse de partition. Les forces occidentales envisageraient de scinder le territoire en trois partie distinctes : la Tripolitaine, la Cyrénaïque et le Fezzan. Cela n’a rien d’étonnant, à ses yeux, puisque de nombreux pays musulmans ont connu pratiquement le même sort, l’Irak piégé par la régionalisation, le Soudan récemment coupés en deux territoires, puis viendra le tour du Yémen et de la Syrie.

«Les Etats-Unis pratiquent la politique des Etats faibles pour régner sans partage sur les richesses énergétiques» tonne-t-il. L’avenir de la Libye n’est pas radieux même après un éventuel départ de Kadhafi. Et rien ne dit que la future «transition» démocratique se passera sans violence, sachant la menace islamiste qui plane dans cette région où est implanté El Qaeda du Maghreb Islamique (Aqmi). «La connexion entre l’Aqmi et des éléments islamistes proches du Conseil national transitoire (CNT) fait craindre le pire, d’autant que les armes circulent librement dans le pays», explique le professeur tout en redoutant que ces groupes terroristes ne soient l’objet de manipulations de la part des services secrets occidentaux à qui profiterait l’instabilité chronique de la région.

M. Saïdj a mis l’accent sur l’élite politique appelée à succéder au colonel contesté, à savoir les responsables actuels du CNT dont la vertu démocratique n’est pas la première vocation. Le CNT, poursuit-t-il, est l’objet de dissensions à caractère opportuniste, sans oublier que ses leaders actuels ont tous servis sous la khaïma de Kadhafi. Selon lui, la crédibilité du CNT n’est pas encore gagnée en dépit des reconnaissances en boucle. La raison ? Les services secrets des pays occidentaux sont d’accord à souligner l’incohérence à la fois politique et militaire de cette instance provisoire.

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