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Les églises en Algérie : L’art de se tromper d’ennemi

le 24 janvier 2012 à 5:51 

Le ministre des Affaires religieuses connaît le nombre des églises «clandestines» qui «activent» en Algérie, mais pas celui des églises qui «activent» normalement. Ghlamallah décline par cette déclaration le constat qu’il oublie (ou fait mine…) qu’il a en charge l’ensemble du culte, églises comprises évidemment, dont le nombre, à ce titre, ne devrait évidemment pas lui échapper.

A sa décharge, si tant est qu’on puisse accorder des circonstances atténuantes à un impair de cette gravité lorsqu’il est fait par un haut commis de la République, il a dû confiner son approche aux églises protestantes seulement, la confusion des genres étant le propre de «celui qui veut noyer son chien…». Sur le fond, il y a comme une mauvaise, autant dire erronée, interprétation de l’article de la Constitution instituant l’islam religion de l’Etat. Ce statut confère à l’islam un rôle de protection des autres religions, notamment celles révélées, et ne le comprime pas dans une mission d’exclusion des autres cultes, dans laquelle aimeraient et même s’attèlent d’aucuns à le confiner. Partant, il est paradoxal qu’on parle en même temps de liberté totale du culte, position officielle et bien sûr partagée et ancrée dans les esprits des Algériens, et de lieux où la foi se pratique dans «la clandestinité».

De plus, il y a quelque chose de bizarre à brandir comme un haut fait d’armes le fait que des concitoyens qui se sont convertis au christianisme se soient reconvertis (entendre par là sont revenus sur le droit chemin) à l’islam. Après tout, dans un sens comme dans l’autre, ça les regarde, aller et retour, dans leur foi et leur conviction de piété intime, et eux seuls. Et c’est le bon sens populaire qui édicte, dans sa clairvoyante spontanéité, que «chacun sera seul dans sa tombe» et «rendra des comptes» en conséquence. L’Algérien a de tout temps vécu dans des relations d’excellent voisinage, voire de fraternité avec chrétiens et juifs, également algériens, pour venir casser ce rapport qui plonge ses racines dans notre Histoire, en semant le trouble, la suspicion et la zizanie, contrairement aux valeurs de l’islam.

Au demeurant, le pays a assez de problèmes à prendre en charge, assez d’objectifs de développement à atteindre, assez de défis à faire aboutir, bref, suffisamment de chats à fouetter pour penser à le faire lester de tels boulets de faux conflits. Le ministre devrait savoir que l’ennemi véritable de l’islam en Algérie n’est pas le chrétien, mais l’intégriste, qui a dévoyé la religion et en donne une image pour le moins peu avenante. Et lorsqu’on se complaît dans de tels abcès de fixation et de tels moulins à vent comme de prétendus ennemis internes que seraient les chrétiens «clandestins», non seulement on fait diversion, mais l’on s’écarte de son véritable cahier des charges.

Tous les glissements auraient été tolérés et même pardonnés si le secteur était géré de façon convenable. Il n’est que de voir la manière dont sont pris en charge les pauvres hadjis, en réalité seule mission dudit ministère, le laxisme à maîtriser les décibels des adhans (alors qu’une commission planche sur le sujet depuis plus de deux ans) et même la façon d’interdire la politique dans les mosquées (chose noble et louable) tout en instruisant les imams à appeler à un vote massif, pour dire qu’il n’y a vraiment pas de quoi pavoiser. Encore moins de chercher des boucs émissaires…

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