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Al Assad – Syrie : La carotte et le bâton

le 25 juin 2011 à 16:08 

Al Assad ne sait plus où il en est aujourd’hui, coincé entre une opinion internationale qui le presse d’ouvrir le dialogue et les conseils belliqueux de ses faucons qui l’incitent au contraire à frapper fort.

Il était inconcevable, impossible même qu’un mouvement arabe d’une telle ampleur et d’une telle force qui embrase l’Afrique du Nord et une bonne partie du Moyen-Orient, épargne la Syrie. C’est le pays le plus fermé du monde avec un régime qui filtre tout ce qui entre et tout ce qui sort et un peuple qui n’a pas droit au chapitre.

Pour asseoir son pouvoir, Hafez El Assad, le père de l’actuel Président, n’hésitera pas à passer par les armes 25 000 Frères musulmans à travers le pays. Son opposition était ainsi définitivement out… pour assurer la pérennité d’un poste qu’il voulait héréditaire. Il installera son rejeton, Bachar qui poursuivait tranquillement ses études de médecine à Londres.

A la décharge de Bachar, ce nouveau job de Président ne lui disait rien. Mais une fois à la tête de l’Etat et après avoir goûté aux délices du pouvoir, Bachar fera aussi bien sinon mieux que son père. Il nommera son frère cadet à la tête des services de renseignement, fera la chasse systématique aux opposants et donnera l’ultime coup de vis aux dernières libertés qui subsistaient encore.

C’est ce régime brutal et sans pitié qu’affronte actuellement le peuple. Selon les toutes dernières estimations de l’ONU, il y aurait plus de 1 000 morts, sans doute davantage, et des centaines de disparus. Aucun journaliste étranger n’a été admis pour rendre compte de ce qui se passe. L’armée tue à guichets fermés. Et les rares images de ce génocide qui parviennent au reste du monde sont envoyées via des téléphones portables. L’oligarchie au pouvoir c’est-à-dire Assad et ses proches savent que la moindre concession accordée aux manifestants ouvrirait la porte à d’autres concessions et donc la fin de leurs privilèges et de leur statut.

Coincé entre une opinion internationale qui le presse d’ouvrir le dialogue en évitant de recourir systématiquement à la force contre des civils désarmés et les conseils belliqueux de ses faucons qui l’incitent au contraire à frapper fort, Assad ne sait plus où il en est aujourd’hui. Un coup, il fait charger la troupe pour réprimer la contestation, un coup il libère 8 000 prisonniers politiques pour faire baisser la pression.

Et plus il hésite et plus il s’enfonce, et plus il s’enfonce et plus les manifestants durcissent leur mouvement. Il faudra sans doute plusieurs mois avant que le régime des Alaoui tombe comme un fruit mûr, mais au bout de combien de morts ? Il est difficile de le dire comme il est difficile de prévoir quand Maâmmar Kadhafi consentira enfin à quitter le pouvoir qu’il tient depuis 42 ans. Si l’enclave de Benghazi a sonné le tocsin de la révolte, le reste de la Libye n’en suit pas moins la marche du mouvement, à pas forcés. Indépendamment, des centaines de morts et de blessés que le régime a causés, le départ de milliers d’étrangers vers la Tunisie, la destruction quasi totale des infrastructures du pays et la fuite de ses principaux collaborateurs, y compris parmi les siens, Kadhafi ne pourra pas tenir indéfiniment sous les frappes de l’OTAN.

Livré pendant des années à lui-même, sans espace d’expression, sans Constitution, sans Parlement, sans liberté de penser par lui-même en dehors des comités populaires, le peuple libyen a réussi le pari de s’organiser en gouvernement provisoire, de faire front à la dictature et de faire entendre sa voix dans le monde entier. En attendant que le guide lâche prise, des jeunes Libyens préparent sous les bombes la Libye de demain.

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