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Chronique : Le «printemps arabe» et ses dérives

le 26 janvier 2012 à 6:13 

Il y a un an, qui aurait imaginé que le patron de Nessma- TV comparaîtrait devant la justice pour «atteintes aux valeurs du sacré», et ce, pour avoir diffusé le film Persépolis. Une diffusion qui avait provoqué le 9 octobre dernier la colère des salafistes, lesquels avaient tenté d’incendier le siège de Nessma-TV et le domicile de Nabil Karoui, le patron de cette chaîne privée tunisienne.

Certes, le parti Ennahda a réagi en considérant «que les poursuites engagées contre le directeur de Nessma ne représentent pas la meilleure solution pour répondre à la problématique sur l’identité du peuple et l’attachement au sacré d’un côté, et la liberté d’expression de l’autre». Mais, il n’en reste pas moins aujourd’hui que les islamo-conservateurs sont les maîtres du jeu en Tunisie, l’agressé risque une peine de deux ans de prison, tandis que les agresseurs, nullement inquiétés, rassemblés devant le tribunal, faisaient pression pour que justice soit faite.

En Syrie, un fait est passé inaperçu ou du moins n’a pas été relevé par des observateurs se revendiquant des valeurs de la démocratie et du respect des droits de l’Homme : il s’agit du retrait de l’Arabie saoudite de la mission des observateurs arabes en Syrie. Ce pays, sans Constitution, qui ne tolère aucune opposition, donc aucune alternance au pouvoir, ni la liberté de la presse, qui a réprimé dans le sang – la presse nationale et internationale en ont fait état – les manifestations des chiites, qui a envoyé des troupes pour sauver la monarchie de Bahreïn, offert l’exil à Ben Ali, est en pointe au sein de la Ligue arabe pour dénoncer la répression du régime de Bachar al-Assad contre ses opposants !

Le Qatar, qui se prend pour une grande puissance, pays où la moindre critique contre ses dirigeants se traduit par la prison, s’est fait tout simplement renvoyer par la «petite » Mauritanie : le président Mohamed Ould Abdelaziz n’avait pas apprécié les «conseils» de l’émir du Qatar l’engageant d’entreprendre sans tarder des «réformes politiques» que le même émir refuse d’engager chez lui ! Il lui a demandé de quitter vite fait les lieux ! Bah, les Mauritaniens auraient dû lui demander de prodiguer ses conseils de réformes à ses amis saoudiens et autres émirs de cette région sous protection militaire américaine. Poursuivons.

Les Etats-Unis et leurs alliés occidentaux se moquent éperdument de la démocratie dans les pays arabes : leur seul et unique objectif est d’abattre des régimes qui ne leur plaisent pas. Formulé ainsi, c’est peut-être un peu court. Reste qu’ils sont intervenus en Irak au nom de la démocratie. Après l’avoir dévasté économiquement et socialement, voilà qu’ils le quittent en laissant ce pays exsangue. C’est le cas également de la Libye : après avoir détruit le régime de Kadhafi, ils ont laissé ce pays dans la pire des situations. Les combats qui opposent les différentes factions libyennes illustrent la décomposition d’un pays où les amis de Bernard-Henri Lévy le Conseil national de transition ne disposent d’aucun pouvoir ni d’aucune autorité. Et pendant qu’à l’arrière-plan, on assiste à des manifestations exigeant l’application de la Charia sauf que la loi islamique ne s’appliquera qu’aux pauvres, comme c’est déjà le cas dans les pétromonarchies, mais jamais aux riches émirs et à leurs familles voilà que les kadhafistes se rappellent au bon souvenir de tous en prenant le contrôle de Bani Walid ! Concluons : il est vrai que les régimes autoritaires arabes, qui étaient d’ailleurs soutenus par ce même Occident, portent une grande responsabilité dans ce qui se passe aujourd’hui. Reste qu’il faut cesser de s’illusionner sur ce «printemps arabe» qui aurait, paraît-il, un goût d’inachevé.

D’ailleurs posons-nous la question : pourquoi les femmes sont-elles les premières victimes de ce prétendu «printemps arabe» ? Et, partant, cessons de galvauder la notion de «démocratie», de s’illusionner sur cet Occident qui jouerait avec le feu en soutenant l’alternative islamiste, alors qu’il sait parfaitement ce qu’il fait. Et ce, si l’on ne veut pas faire le jeu des tenants de l’autoritarisme politique réactionnaire qui attendent leur heure pour revenir en force !

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