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Pourquoi le monde arabe est-il ballotté entre les grandes et moyennes puissances ?

le 28 janvier 2012 à 6:37 

Les citoyens de ce monde-là se posent avec douleur et rage cette question devant les ingérences et les agressions répétées que subissent leurs pays. Ces citoyens ne «comprennent» pas pourquoi un monde qui s’étend sur deux continents et qui plus est héritier d’une brillante civilisation se laisse malmener de la sorte. L’une des raisons est bien sûr l’existence des médiocres dictateurs qui ont fragilisé leur société.

La misère, l’obscurantisme qu’ils cultivent et l’asphyxie de la moindre liberté qu’ils imposent à leur peuple ont ouvert des boulevards à leurs ennemis. A cela il faut ajouter la complexité de ces sociétés où un traitement politique sérieux des communautés ethniques et religieuses n’a jamais été le souci des dirigeants, aidés, il faut bien le dire, par un chauvinisme idéologique largement dominant dans les sociétés arabes. Ces deux facteurs, la dictature, les contradictions et préjugés intercommunautaires ont facilité la tâche aux puissances étrangères. Les interventions militaires avec tout le cynisme et la lâcheté qu’on leur connaît de la part des États- Unis et d’Israël aussi bien au Liban qu’en Irak illustrent la fragilité et l’impuissance du monde arabe. Ce triste tableau est heureusement égayé par l’irruption d’un printemps en Tunisie au milieu de l’hiver décrit ci-dessus. Les bouleversements en Tunisie et dans d’autres pays arabes vont engendrer de nouvelles cartes politiques et géostratégiques du Maghreb au Golfe arabo-persique.

  1. Les relations entre les pays arabes ne seront plus les mêmes. Le cas de la Syrie et l’appel de Libyens à l’Otan sont la preuve que l’on ne peut plus se débarrasser de la poussière en la cachant sous un tapis, une spécialité de la Ligue arabe.
  2. Les nouvelles données ont agrandi le sous-ensemble des puissances moyennes dans l’aire du monde arabe. A l’Iran est venue s’ajouter la Turquie sans oublier Israël, qui, hélas, ne s’est jamais gêné de pratiquer des agressions qui s’assimilent à une politique de la terre brûlée.
  3. Enfin, à la «traditionnelle» présence des grandes puissances, les États-Unis et la Russie, deux nouveaux acteurs entrent en scène, la Chine et l’Inde attirées elles aussi par l’odeur du pétrole et des débouchés commerciaux.

Les nouvelles données ressemblent fort à la théorie mathématique des ensembles dont les sous-ensembles sont liés par une relation d’appartenance. Celle-ci fait que ces sous-ensembles s’influencent mutuellement ou bien subissent le fardeau de l’un d’eux. Remarquons hélas que dans le monde arabe un paramètre extérieur à l’ensemble en question pèse plus lourdement grâce à sa puissance économique et militaire (ici les États-Unis). Il faut donc nous arrêter sur les jeux, les enjeux de ces sous-ensembles qui s’agitent dans cette partie du monde. Dans les pays arabes, une première inconnue taraude aussi bien les peuples que les occupants des palais. Une course contre la montre semble se jouer entre les peuples et leurs gouvernants.

Les premiers veulent concrétiser le mot d’ordre «le peuple exige le départ du régime » et les seconds veulent gagner du temps en proposant des réformes pour cacher par un simple vernis le socle vermoulu de leur pouvoir. Quel sera le résultat de cette confrontation entre ces deux acteurs ? Serait-ce le triomphe de la démocratie qui puise ses racines chez les philosophes grecs que le monde arabe a fait connaître à l’Occident ou bien l’islamisme politique avec ses différentes variantes ? L’option politique choisie déterminera aussi bien la nature des relations entre les pays arabes que leurs rapports avec l’Occident. Il est évident que ce dernier et les États-Unis en particulier seront attentifs à ces bouleversements pour préserver leurs intérêts économiques et géopolitiques mais aussi pour continuer de garantir la sécurité d’Israël. Leurs stratèges dans les chancelleries et les sous-sols des bases militaires doivent cogiter sur les scénarios (démocratie ou islamisme) qui les préserveraient de toute surprise désagréable. Jusque-là, ces puissances n’ont pas eu à souffrir des régimes qui se proclament de l’islam telle l’Arabie Saoudite. Bien au contraire, ils ne peuvent que louer leur «sérieux» et leur engagement à satisfaire leur gloutonne consommation de l’énergie. Notons également que ces pays dits arabes et musulmans secondent ces puissances étrangères dans leur confrontation avec des pays qui leur résistent, hier l’Irak, aujourd’hui l’Iran.

Ouvrons ici une parenthèse et remarquons que les différences religieuses (chiite et sunnite) délibérément exagérées ne jouent pas de rôle déterminant. Hier en Irak, la même puissance s’est appuyée sur des chiites pour renverser Saddam le sunnite et aujourd’hui elle va au secours des régimes sunnites (dans les pays du G10 olfe) pour contrer l’Iran. L’inconnue (et la peur) pour ces puissances occidentales est le régime démocratique. Elles devinent que dans des pays qui ne seront plus soumis au silence imposé par la terreur, leurs peuples ne laisseront pas leurs richesses alimenter l’opulence de l’Occident. Ce dernier assure la sécurité des régimes fournisseurs d’énergie. Et comble de l’ironie, l’achat de cette énergie est une opération doublement bénéfique, car cet Occident récupère ses dollars en livrant du matériel militaire qui rouille faute de servir contre les véritables ennemis du monde arabe. Il les récupère aussi parce que «nos»» princes et princesses de ces pays vont dilapider leur argent dans des casinos de la Côte d’Azur et les boutiques chics de l’avenue Montaigne à Paris. Et la dernière fantaisie de ces princes d’opéra, c’est leur engouement pour le football avec l’achat du club de Paris Saint-Germain. Avec d’éventuels changements de régime, ces Occidentaux pressentent aussi que ces peuples n’admettront plus que leurs gouvernements restent muets devant les agressions de leur protégé, à savoir Israël, qui joue le rôle de supplétif de l’Occident. Il faut bien remercier cet Occident pour son aide matérielle et son soutien diplomatique. Le deuxième sous-ensemble est constitué de l’Iran, la Turquie et Israël.

L’Iran, une civilisation millénaire, veut jouer et faire respecter son rôle de puissance régionale. Pour atteindre cet objectif, il déploie des efforts pour neutraliser les legs des antagonismes de l’histoire, notamment le dernier conflit avec l’Irak de Saddam Hussein. Ses relations avec la Syrie, son influence en Irak dirigé par une coalition où prédominent les chiites, son soutien à la cause palestinienne sont autant d’atouts entre ses mains pour desserrer son encerclement et gagner la sympathie des peuples arabes. La Turquie, autre puissance régionale, veut retrouver le statut qu’elle avait dans la région à l’époque ottomane. Puissance économique émergente, elle vise à conquérir des marchés dans le voisinage d’autant qu’on lui ferme les portes de l’Europe et ses marchés pour écouler ses produits. Pays musulman, elle pense acquérir la sympathie de ses voisins grâce à la «modération» de son islam politique mais aussi et surtout en réduisant d’une façon spectaculaire ses liens avec Israël. Cependant, il ne faut point oublier son statut de membre de l’Otan qui la contraint à ne pas s’opposer frontalement aux États-Unis. Israël, un pays qui n’a pratiquement aucune relation avec ses voisins. Sa sécurité ne repose que sur sa suprématie militaire (pour le moment) et sur les aides colossales de l’Occident en matériel militaire (avions F16, batteries antimissiles et autres joyaux de la technologie).

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Notons que c’est le premier dans la liste des pays aidés par les États-Unis alors que sa population est le 1/3 de la capitale égyptienne. Son isolement total dans la région et sa prétention à avoir le beurre et l’argent du beurre expliquent ses nombreuses agressions. Les bouleversements du monde arabe et les perspectives de la démocratie l’angoissent, car il ne pourra plus prétendre dans sa propagande à être le seul havre de démocratie dans la région. De plus, il ne pourra plus bénéficier des compromissions des dictateurs et autres roitelets. Le 3e sous-ensemble extraterritoire est constitué par les grandes puissances, États-Unis, Russie, Chine, Inde.

Celles-ci ne restent pas insensibles aux chamboulements de la région. Inutile d’insister sur la politique américaine connue de tous. Elle se résume en un triptyque : préserver ses intérêts pétroliers, maintenir sa suprématie politique et militaire pour contenir les desseins et prétentions des autres grandes puissances, et enfin assurer la sécurité d’Israël, leur enfant chéri, pour des raisons aussi bien stratégiques que de politique intérieure (électorale). La Russie pour des raisons stratégiques a toujours cherché et cherche encore à accéder aux mers chaudes. Elle est déjà présente en Méditerranée pour contrer la VIe flotte américaine et surveiller les bases de l’Otan en Turquie. Elle ne désespère pas de s’ouvrir une voie d’accès dans les mers chaudes de l’Asie grâce à son soutien à l’Iran et quand les Américains quitteront l’Afghanistan. Quant à la Chine et l’Inde, leur présence dans la région ne fera que se renforcer dans l’avenir sur les plans militaire et économique pour s’assurer et protéger leur approvisionnement en pétrole.

Qu’en est-il de la situation au Maghreb ?

Les moyennes puissances (citées précédemment) n’ont pas de frontières terrestres avec le Maghreb, elles ne peuvent prétendre influencer le cours des choses. En revanche, les États- Unis de par leur rôle de gendarme du monde et la France grâce à sa pesante et historique présence dans les pays subsahariens s’intéressent pour différentes raisons à cette partie du monde. Le pétrole intéresse évidemment les États-Unis mais aussi le potentiel de l’Afrique qui regorge de minerais rares pour les industries à haute technologie. C’est ce qui explique les voyages de tous les présidents des États-Unis dans ce continent où les Chinois commencent à leur damer le pion. Quant à la France, elle tient à préserver des positions acquises pendant la colonisation. Un autre problème l’obsède, celui de l’immigration clandestine. Elle tente donc de constituer un mur avec la complicité des pays du Maghreb pour éviter une arrivée massive d’immigrants. Les États-Unis et la France unissent leurs forces pour s’assurer une base politique et matérielle dans la région, c’est chose faite en Libye. Ils redoublent de charme à l’encontre de l’Algérie car ce pays qui a renforcé ses défenses immunitaires contre le colonialisme et qui est à quelques encablures des côtes européennes ne se laissera pas facilement manipuler ou malmené.

Disposant de frontières avec tous les pays d’Afrique où sévit l’AQMI (autre obsession des États- Unis et de l’Europe), l’Algérie est à la fois une puissance qui a véritablement une armée et une expérience antiterroriste qui ne laissent pas indifférent les grandes puissances. Enfin, le pétrole et le gaz ont permis à ce pays d’engranger des milliards de dollars de réserves qui attisent les convoitises d’une Europe en crise et en mal d’exportations pour ses industries. Il faut espérer qu’on ne dilapidera pas ces potentialités qui peuvent être mises à mal par des manœuvres de contournements dont les agents seront arabes comme le Qatar qui joue un jeu plus que malsain en Libye, Tunisie et Syrie. Ce survol des forces en présence dans une région au carrefour des trois continents met en évidence l’importance du monde arabe et interroge sur ses capacités à déjouer les manœuvres des autres acteurs de la région. Les pays arabes ont intérêt à réfléchir à une stratégie à long terme pour choisir de bons «alliés» pour préserver leur indépendance. Mais la meilleure façon de garantir cette indépendance est leur propre force matérielle et politique.

Dit autrement, cela signifie que les pays arabes cesseront d’être malmenés par des puissances quand ils cesseront d’être des dictatures. Le malheur de ces pays est qu’ils subissent à la fois les dictatures et le sous-développement qui les handicapent dans leur volonté de tenir en respect des ennemis potentiels. Si le monde arabe connaît des tragédies qui le font souffrir, il faut chercher et détruire les causes de son marasme généralisé. Il faut commencer par abandonner les chimères et les vieilles lunes diffusées par des esprits simples et arracher à la nuit les lumières qui sommeillent dans ce monde arabe. Dans le passé, ces lumières n’ont pas manqué puisqu’elles ont enrichi les mathématiques, l’astronomie, la médecine. Hélas, les descendants de cette ère qui ont bâti l’Andalousie exercent aujourd’hui dans les laboratoires et centres de recherche aux États-Unis et en Europe… Il n’y a pas de raison qu’un pays comme la Chine, lui aussi héritier d’une brillante civilisation, connaisse un développement qui fait saliver tant de monde et que le monde arabe continue de se noyer dans un puits sans fond. L’exemple de la Chine ne dit rien d’autre que le travail, l’intelligence et une vision rigoureuse de l’histoire viennent à bout des montagnes sur lesquelles on peut construire précisément les murailles de Chine. Mais pour atteindre ce but, encore faut-il élever des digues (un véritable Etat légitimé par le peuple) qui résistent aux tempêtes pour ne plus être ballotté par la moindre vague.

Comme ce fut le cas d’un Kadhafi dont la Jamahiria, en réalité une myriade de tribus, fut défaite en un claquement de doigts, dans le sang et la honte… L’exemple des pays émergents de l’Amérique du Sud longtemps malmenés par des dictatures avec le soutien des États- Unis est à suivre. Pour cela, il faut qu’une classe politique éclairée et cultivée (très important) voit le jour, que la société soit débarrassée des ferments du conservatisme et autres préjugés. Ce rêve deviendra réalité quand les pays se réapproprieront les trésors de leur histoire et jetteront dans le trou noir du début de l’univers les chimères et autres balivernes qui ont fleuri et pris une trop grande place depuis que les armées étrangères ont sillonné ces vastes et si riches terres de nos pays. On ne peut mettre fin à la malédiction qui frappe ce monde que par la résistance. Et pour résister, il n’y a pas mieux que la solidité du front intérieur. Un peuple libre et maître de son destin est la meilleure défense pour refroidir les ardeurs des agresseurs potentiels. Saddam Hussein a fait payer chèrement sa facture à son pays en marginalisant les communautés chiite et kurde dont une partie s’est jetée dans les bras des Américains, lesquels ont dépecé l’Irak. Une société opprimée engendre hélas des sortes de harkis prêts à collaborer avec les pires ennemis du pays. Leçon à méditer car l’histoire peut bégayer comme en Libye, hélas trois hélas…

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