Sacs en papier, biocarburant… faux amis de l’environnement ? - Donne Ton Avis
Top

Sacs en papier, biocarburant… faux amis de l’environnement ?

le 2 février 2016 à 16:28 

Agir pour la planète c’est bien, mais l’enfer est pavé de bonnes intentions et il n’est pas toujours facile de faire le tri entre les bonnes et les mauvaises idées en matière d’écologie. Une bonne idée dans l’absolu peut en effet entrainer des effets collatéraux désastreux. Petit passage en revue de ce qu’on fait de pire en pensant bien faire.

biocarburant

Le biocarburant, même pas vraiment moins polluant, tellement plus ravageur

Premier exemple, l’un des plus emblématiques, celui des biocarburants. Ils viennent en complément ou en substitution du combustible fossile et se présentent donc comme une alternative pérenne et plus propre. En 2011, la consommation mondiale de biocarburants a atteint 58,8 millions de tonnes équivalent pétrole (Mtep), soit 3,1 % de la consommation mondiale des transports routiers.

Et pourtant… De nombreuses ONG, dont le CCFD Terre solidaire, Oxfam et les Amis de la Terre, alertent sur les effets catastrophiques du recours massif aux carburants verts, qui aggravent lourdement les problèmes de sécurité alimentaire dans le monde. En effet, ils nécessitent la combustion de quantités faramineuses de denrées alimentaires de première nécessité (maïs, soja, canne à sucre, colza…) et l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture signale que l’essor des biocarburants constitue une des principales causes de la hausse des prix des importations alimentaires dans le monde. Ainsi, pour certaines associations environnementalistes et altermondialistes, l’usage énergétique des cultures alimentaires pourrait être à court terme la cause de nouvelles famines.

Mais ce n’est pas tout. La production de biocarburants accélère la déforestation et est à l’origine de la disparition de certaines espèces animales ou végétales, la conversion des forêts pour les cultures conduisant à un appauvrissement des communautés d’espèces. En outre, contrairement à une idée répandue, les biocarburants ne sont pas une solution contre le réchauffement climatique. Bien au contraire. Le défrichement et la forte consommation d’engrais azotés aggravent le phénomène.

Enfin, les carburants verts ne sont tout simplement pas bons pour le pouvoir d’achat du consommateur, notamment en France où, selon un rapport de la Cour des comptes, celui-ci a déboursé 3 milliards d’euros de plus entre 2005 et 2010 pour inclure des biocarburants dans sa consommation.

L’hydrolienne fluviale, oui mais pas dans la Seine

Mais en matière de chimères écologiques, nos hommes et femmes politiques peuvent toujours nous surprendre. L’hydrolienne fluviale, autre exemple, est probablement la seule source d’énergie verte produisant 24h/24 sans nécessiter d’infrastructures lourdes. Elle est inoffensive pour les poissons, compatible avec la navigation et capable de fournir de l’électricité en continu sans dénaturer le paysage. Son marché est estimé à 15 milliards d’euros sur dix ans dans le monde, et cela n’a pas échappé à la Mairie de Paris. En 2010, elle lançait en effet un appel à projets pour expérimenter huit hydroliennes dans la Seine.

Your ads will be inserted here by

Easy Plugin for AdSense.

Please go to the plugin admin page to
Paste your ad code OR
Suppress this ad slot.

De nombreux experts avaient à l’époque manifesté leur scepticisme face à ce projet. On se souvient particulièrement de Jean-François Daviau, président de la société Sabella, l’un de principaux fabricants français d’hydroliennes. Pour lui, le projet était « totalement contre-productif », la vitesse du courant dans la Seine ne permettant d’obtenir qu’une puissance « ridicule ». Il ajoutait qu’il faudrait un courant deux à trois fois plus important pour que la puissance devienne intéressante. Cinq années après le lancement de l’appel à projets, on n’entend plus parler de ces fameuses hydroliennes, et on est comme obligé de penser qu’il s’agissait d’un simple coup de comm’ à l’adresse des citoyens naïfs que nous sommes (ou qu’on voudrait que nous soyons).

Le sac en papier, faux ami ?

Une autre fausse bonne idée, qui a en plus le mérite de nous faire culpabiliser dès que nous sommes au supermarché, soit potentiellement tous les jours ou presque : le remplacement des sacs en plastique par des sacs en papier.

Problème : le remède le plus souvent retenu pour le remplacer, à savoir le sac en papier, ne s’avère pas forcément plus bénéfique que le mal. Il est en effet peu compactable, ce qui implique davantage de camions et de fret pour le transporter, quinze fois plus en moyenne. Sa production nécessite des quantités phénoménales d’eau (0,7 litre par sac plastique, contre 8 fois plus pour un sac en papier). En outre, le sac en papier est moins résistant, moins étanche et moins souple que celui en plastique, d’où une durée de vie plus courte et, mécaniquement, un nombre de sacs consommés bien plus important. Ajoutons à cela que les sacs en papier sont produits essentiellement à base de bois, et qu’il y a comme quelque chose de paradoxale à vouloir réduire les émissions de CO2 en coupant des arbres…

Autres étrangetés plus ou moins écolos

La liste des fausses bonnes idées écologiques est malheureusement bien plus longue et, sous la pression de l’époque, semble devoir s’étoffer en permanence. Treehugger, un influent blogs sur l’environnement, en recense cinq tout à fait dignes d’être mentionnées ici. D’abord les cosmétiques naturels, souvent très chers et dont les effets indésirables restent étrangement peu étudiés. Puis les voitures vertes, dont l’électricité qui les alimente l’est beaucoup moins. Viennent ensuite les créations design réalisées à partir d’objets de récup’, qui peuvent faire oublier la priorité devant être accordée à l’organisation d’une filière de recyclage et récupération bien plus efficace. Enfin, les t-shirts bio, devenus omniprésents mais toujours pas accompagnés de pantalons, jupes, robes, pulls ou encore de sous-vêtements bio. Etrange choix industriel dont l’explication, on s’en doute, pourrait nous réserver des surprises…

Il faut se réjouir de la prise de conscience écologique dans le monde, toujours plus importante. En France, les consommateurs sont de plus en plus écolos et une majorité de la population a adopté des gestes au quotidien afin de préserver la planète. Mais, pour qu’une telle attitude soit véritablement efficace, encore faut-il que les nouveaux produits et habitudes qu’on nous propose, voire qu’on nous impose, le soient aussi.

Mais souvent le mieux est l’ennemi du bien et les résultats des actions « vertueuses » sont parfois catastrophiques. Le consommateur doit disposer d’éléments fiables lui permettant de faire le tri et de prendre les bonnes décisions. Mais l’intox est abondante et les pouvoirs publics ne lui facilitent pas toujours la tâche. Ainsi, le gouvernement reste sourd à la pétition concernant les sacs plastique, qui montre pourtant bien les effets nuisibles d’un remplacement massif de ceux-ci par des sacs en papier. Hélas, tant que le gouvernement continuera de faire les mauvais choix et de vouloir imposer une écologie punitive mais inopérante, le citoyen restera déboussolé et risquera d’adopter les comportements les plus nuisibles tout en étant animé des meilleures intentions.

C. da Silva

1 Star2 Stars3 Stars4 Stars5 Stars (Pas d'évaluation)
Loading...

N'hésitez pas à laisser un commentaire ...
et oh ! si vous voulez une image pour vous montrer avec votre commentaire, allez obtenir un Gravatar!





*

Bottom