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Pour Dominique Nouvian Ouattara, les enfants africains sont « les forces vives de l’économie » du continent

le 1 septembre 2016 à 15:48 

Dominique Nouvian

Avec une croissance démographique sans précédent, l’Afrique va devenir l’un des continents les plus peuplés du monde. La qualité de l’enseignement des enfants y est essentielle pour accompagner la croissance économique du continent et, à terme, son émergence.

Le continent africain se caractérise par une démographie galopante, là où la plupart des autres régions assistent à un ralentissement de la fécondité – en particulier les pays développés. Ainsi, en Afrique, l’âge médian était de 19 ans en 2014. Et le nombre d’enfants progresse à une vitesse impressionnante : on compte 70 millions d’enfants de plus qu’il y a dix ans et les projections prévoient 76 millions de jeunes de moins de 14 ans supplémentaires pour la décennie à venir. Aujourd’hui, en Afrique subsaharienne, 44 % de la population a moins de 15 ans. Un dynamisme qui pourrait bien représenter une chance pour le continent, en lui servant de levier dans son processus d’émergence – comme ce fut le cas pour la génération de baby-boomers qui a amené avec elle un nouveau niveau de prospérité en Europe et aux Etats-Unis. Mais il peut aussi devenir un véritable fardeau si la nouvelle génération reste largement non-éduquée.

Selon l’Unesco, 38 % des adultes africains sont actuellement analphabètes. En outre, le Rapport mondial de suivi sur l’éducation pour tous nous mettait en garde contre les difficultés d’accès à l’éducation sur le continent : près d’un enfant sur quatre en âge de fréquenter l’école primaire (23%) n’a jamais été scolarisé ou a quitté l’école sans terminer le cursus primaire. Plus alarmant encore, le nombre d’enfants exclus de l’école a augmenté, passant de 29 millions en 2008 à 31 millions en 2010. Cela s’explique par la forte natalité, qui contrebalance les efforts de scolarisation entrepris. De plus, les salles de classe sont souvent trop pleines, ce qui affecte la qualité de l’éducation reçue par ceux qui sont en mesure de la suivre, et se répercute sur le marché du travail. 60 % des chômeurs africains ont entre 15 et 24 ans, et une large portion de ceux-ci a abandonné toute recherche d’emploi.

Le phénomène affecte les différentes catégories de populations de façon inégale. Ainsi, les personnes le plus exclues du système éducatif sont les jeunes filles. Des progrès significatifs ont été accomplis dans l’élimination des disparités entre les sexes, mais l’écart demeure. Les filles représentaient ainsi 58% des enfants non scolarisés en 2000, contre 53% en 2010. Et les inégalités se creusent immédiatement après le cycle primaire. En Afrique subsaharienne, le nombre moyen de filles scolarisées au secondaire par rapport au nombre de garçons n’a que faiblement progressé depuis 1999, pour s’établir en 2012 à 84 filles pour 100 garçons. Trop souvent encore, elles voient leurs études sacrifiées « pour assurer les travaux ménagers ou agricoles, pour apporter un complément de revenu à leur famille, ou encore pour être livrées trop tôt à un mariage qu’elles n’ont pas choisi », déplore Michèle Barzach, présidente de l’Unicef France.

Une scolarisation de qualité renforce toutes les sociétés et cimente la croissance économique. Les retombées positives d’un meilleur accès à l’éducation sont véritablement transversales. Ainsi, dans les pays en développement, une année d’éducation en plus induit un gain de revenu de près de 10% en moyenne. L’éducation affecte aussi la croissance nationale. La même année supplémentaire d’éducation peut générer, à l’échelle d’un pays, une augmentation du PNB de l’ordre de 0,37% par an. Une meilleure éducation impacte la mortalité infantile (pour chaque année ont réduit ce risque de 7 à 9% selon les pays). L’éducation permet aussi de faire évoluer le tissu social lui-même : si toutes les filles d’Afrique subsaharienne et d’Asie du Sud avaient accès à l’éducation secondaire, le mariage des enfants reculerait de 64 % et les naissances prématurées de 59 %. Elle permet également de limiter la propagation de l’épidémie de VIH (à la fois tragédie humaine et boulet économique pour l’Afrique).

A cet instant charnière dans l’histoire du développement africain, il est crucial de poursuivre les efforts de soutien éducatif afin de transformer la révolution démographique dans laquelle le continent s’est engagé en renaissance africaine. Il faut se féliciter de l’augmentation des crédits consacrés à l’éducation. Au Ghana, par exemple, ils représentent plus d’un tiers des dépenses budgétaires. Au Burundi, en Éthiopie, au Kenya, en Tanzanie, la gratuité de l’école primaire permet à de nombreux enfants d’accéder à l’éducation. Ces efforts des États n’ont cependant pas été soutenus par les bailleurs – et ce malgré les promesses faites à l’aube du nouveau millénaire. La part de l’aide internationale consacrée à l’éducation de base est ainsi passée de 47 % à 31 %. S’il faut se méfier d’une « politique du chiffre » qui dans la plupart des pays s’est faite au détriment de la qualité, l’aide internationale est un élément clé dans le renforcement du système éducatif en Afrique subsaharienne. (http://www.banquemondiale.org/fr/news/feature/2016/03/10/education-quality-measuring-learning-outcomes-in-francophone-africas-primary-schools)

Un autre acteur déterminant dans cette dynamique est la nébuleuse d’associations et de fondations soutenant localement ou régionalement les efforts d’éducation des Etats. Des groupes comme Solidarité Afrique ou l’association de Dominique Nouvian Ouattara, créatrice de la fondation Children Of Africa se sont illustrés pour leurs action de terrain, notamment en sollicitant l’aide d’entreprises internationales. Ainsi, de 2012 à 2015, ce sont en tout 70 écoles primaires et 1 collège qui ont été bâtis par Nestlé, Olam, Cargill, Mars, Barry Callebaut et la Fondation Mondiale du Cacao en seule Côte d’Ivoire. En janvier dernier, Madame Nouvian Ouattara, par le biais de sa fondation, a également assuré des distributions massives de matériel scolaire. Children of Africa s’est associée à la maison d’édition Michel Lafon afin de renforcer l’accès des tout-petits aux livres. Les Editions Michel Lafon ont décidé d’offrir des livres pour l’équipement des Bibliobus – des bus itinérants se rendant les villages reculés du pays. Autant d’actions conjuguées qui permettront, selon Dominique Ouattara dans le Huffington Post, de faire des enfants africains les « forces vives de l’économie » du continent. Et non pas ses boulets.

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