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Le système de santé russe ne se porte pas très bien

le 7 janvier 2020 à 19:45 

Avec un jeu de mots faciles, on qualifierait ce système de santé souffrant de multiples maux. Il y a un sous-financement manifeste, aggravé hélas par des malversations et de la corruption. A cela, il faut ajouter des réformes pas toujours bien évidentes et pas forcément suivies. Un parcours dans cet univers et dans celui de certains hôpitaux russes, fait rapidement voir nos installations françaises sous un autre jour, même si tout n’est pas parfait.

De nombreux établissements publics de santé sont en effet, dans des états de délabrement avancés. Il faut dire, qu’ils ont subi de plein fouet, à la fois la chute de l’URSS et la crise économique qui a suivi. Du coup, c’est un problème récurrent et hélas bien connu des Russes, qui redoutent le passage dans un de ces établissements. Cependant, tous les habitants ne peuvent pas se payer des protections sociales donnant le droit de se retrouver dans un magnifique hôpital privé en Russie.

Ici, le mot privé va dans le sens de “privé de tout”. Pour s’en donner une idée, il suffit de visiter le centre d’oncologie Blokhine, dans le Sud de Moscou. Son surnom en dit long, il est appelé par les patients et leurs proches le “Blokhinwald”, allusion au camp nazi de Buchenwald, tout un programme.

Il reste, le symbole des mots qui frappe le service de santé russe qui se débat dans de nombreuses problématiques. Actuellement, il est aux prises avec une vague de démissions. Alerté, l’AFP a voulu en savoir plus, et a mené son enquête qui a révélé entre autres, que les locaux et particulièrement le service pédiatrique sont dans un bien triste état et dans des conditions sanitaires dangereuses. Pour compléter le tableau, un conflit oppose le personnel soignant démissionnaire, à la nouvelle direction administrative. Chacun s’accuse mutuellement, même si officiellement le dossier est “clos”, le ministère de la Santé ayant blanchi la direction après des investigations.

Le constat est simple, il ressort que mettre la “main à la pâte” et verser un pot-de-vin, sont souvent nécessaires pour bénéficier d’un service public en théorie gratuit. A cela, il faut rajouter les changements de certains protocoles de traitement, des médicaments étrangers ayant été remplacés par des produits russes. Ceci afin de respecter le système de préférence nationale introduit en 2015 dans les hôpitaux publics pour soutenir l’industrie pharmaceutique. Son application entraîne des excès, et deux spécialistes russes de la greffe du rein chez les tout petits ont dénoncé l’interdiction à des médicaments étrangers, bien qu’il n’existe aucune alternative russe.

Le gouvernement plaide la gestion du difficile héritage de l’URSS et la crise des années 1990. Une restructuration lancée dans les années 2000, a conduit la fermeture des vieux hôpitaux ruraux et la construction d’établissements sophistiqués dans les centres urbains. Cependant, comme on peut s’y attendre tout ne se fait pas comme prévu. Dans les zones rurales, il ne reste bien souvent que des points de premiers secours en ambulatoire. Par contre, de belles installations et des cliniques privées sont concentrées dans les villes. Elles sont fréquentées par ceux qui en ont les moyens.

Les chiffres sont éloquents, entre 2000 et 2018 le nombre de centres hospitaliers est passé de 10 700 à 4 390 pour une population de 146 millions, et celui des lits pour 10 000 habitants de 115 à 71. Les dépenses de santé représentent en Russie environ 3 % du PIB, contre 9,5 % en France ou en Allemagne.

Crédit photo : Philippe A

 

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