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Le Boléro de Ravel, et la valse des sociétés offshore

le 15 novembre 2017 à 4:34 

Le dossier des “Paradises papers” est intéressant pour se rendre compte du cheminement complexe de certains circuits d’argent. Il ne faut pas perdre de vu, que tout ceci est parfaitement légal, à la différence du dossier précédent “le Panama papers”. L’exemple du circuit que fait l’argent généré par les droits d’auteur du Boléro de Ravel est impressionnant.

On ne présente plus l’œuvre magnifique, par contre, ce que l’on sait moins, c’est que, d’une part elle a occupé la première place du classement mondial des droits versés par la Sacem (Société des Auteurs, Compositeurs et Éditeurs de Musique) jusqu’en 1993, pour simplement légèrement rétrograder après. D’autre part, comme elle génère beaucoup d’argent, elle est au cœur d’un incroyable imbroglio autour de l’héritage. Actuellement, les droits reviennent à la fille de la seconde femme du mari de la dame de compagnie et masseuse, du frère de Maurice Ravel. Pour en arriver là, c’est un vrai feuilleton, à la fois du côté de la succession pure, et c’est aussi une bataille autour des droits d’auteur, qui se retrouvent aujourd’hui dans les Paradise Papers.

Au décès de Maurice Ravel en 1937, le compositeur n’ayant pas de descendants, c’est son frère Édouard qui hérite de ses droits. Il se blesse dans un accident de la route, et de ce fait, il emploie alors une “gouvernante” dont il va tomber amoureux au point d’en faire son héritière. Elle hérite, et se remet en ménage avec son ex-mari, Alexandre Taverne. Celui-ci, hérite à son tour des droits, avant de les transmettre à Georgette qu’il a épousée en seconde noce. Georgette, a une fille d’un premier mariage, Éveline Pen de Castel, et c’est elle, aujourd’hui, l’ultime dépositaire de ces droits.

Pourtant, en 2016, avec l’entrée de l’œuvre dans le domaine public, on pouvait penser que cela allait se terminer, mais cela concerne la France, pas le monde entier.

Revenons un peu en arrière, et faisons entrer un sympathique personnage dans l’histoire, Jean-Jacques Lemoine. Cet homme si bien placé, car c’est un ancien directeur de la Sacem, et si bien intentionné, car en 1941, sous le régime de Vichy, alors qu’il est chargé du contentieux de la société d’auteurs, l’homme a exigé le gel des droits d’auteur des membres juifs de la Sacem. Il propose en 1970 aux héritiers Taverne, de gérer les droits d’auteur et d’édition du compositeur pour 36 millions de francs. Il manœuvre ensuite pour récupérer une partie des droits versés à l’éditeur de Ravel, René Dommange, des Éditions Durand. Il récupère le catalogue, il ne laisse à Durand que la moitié des revenus des partitions.

Plusieurs sociétés écrans plus tard, Jean-Jacques Lemoine, abandonne la nationalité française, puis s’installe à Monaco où il héberge à son domicile, ARIMA, sa dernière société. Ce grand philanthrope, créé en 1994 une fondation pour les enfants, Sancta Devota, qui est financé par Arima. Dans le même temps, Jean-Jacques Lemoine créé à Amsterdam d’autres sociétés (Caconda, Redfield et Nordice), qui elles aussi, gèrent une partie des droits du Boléro. Le très affairiste Jean-Jacques Lemoine meurt en 2009.

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Selon les dossiers du Paradise papers, 10 % des revenus que touche la société Arima, sont reversés à la fondation Sancta Devota. Elle vient en aide aux enfants défavorisés, et elle finance en partie la fondation du prince Albert de Monaco pour l’environnement. Les 90 % restants sont versés à la société néerlandaise Caconda. Et qui dirige cette société ? Comme par hasard, l’héritière des droits de Ravel, Évelyne Pen de Castel.

L’héritière, ne s’est pas arrêtée là, et on retrouve sa société Admira International Music Limited à Malte. Une société qui s’est fait radier du registre du commerce maltais, faute d’avoir présenté « pendant plusieurs années » un bilan de son activité. Pourtant, fin 2013 soit six ans après sa création, Évelyne Pen de Castel était nommée administratrice de cette société, et son mari, Michel Sogny devient secrétaire. Étrange pour une société officiellement sans activité

Vous avez le droit de relire l’article plusieurs fois pour bien suivre, mais sachez que ceci n’est évidemment qu’un résumé. Cette histoire démontre, s’il le fallait, que tout ne s’est pas créé en quelques années et les pratiques ne sont pas vraiment nouvelles. On assiste à une lente dérive, dans laquelle les protagonistes se sont glissés pour faire, comme le dit la chanson, d’excellents Français, d’excellents contribuables, tous vivant à l’étranger pour “défendre” une œuvre du patrimoine français.

Crédit photo : doblecachanilla

 

 

 

 

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