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Windrush : des citoyens britanniques “sans papiers” dans leur propre pays

le 1 mai 2018 à 7:02 

Certaines mesures draconiennes, ont des conséquences à plus long terme, un peu inattendues. Le scandale Windrush, qui menace notamment des personnes vivant en Grande-Bretagne d’expulsion, vient justement d’en faire une nouvelle, celle du ministre de l’Intérieur qui a démissionné de son poste. Elle paye une situation, générée par des mesures prises par l’actuel Premier ministre et qui s’est dégradée. La première ministre Theresa May, a de son côté présenté ses excuses.
Les Windrush sont le nom que l’on donne à ces immigrants nés dans les Antilles britanniques, alors colonies anglaises. Ils sont arrivés au Royaume-Uni entre 1948 et 1973, sur proposition du gouvernement donc totalement légalement dans le pays, et ils ont été autorisés à y rester indéfiniment. De manière très classique, le gouvernement les a fait venir, car ils constituent une main-d’œuvre pratique et efficace pour la reconstruction après la Seconde Guerre mondiale. Ils sont environ 500 000 Windrush à obtenir le droit de rester au Royaume-Uni, en échange de leur travail.
A partir de là, leur histoire prend une tournure que nous connaissons hélas trop bien. Ils se font leur place, tant bien que mal, au milieu des remarques racistes et des attitudes discriminatoires pour bientôt eux-mêmes, se sentir Britanniques. Aucun document officiel de nationalité n’est cependant établi par la suite, car rappelons la carte d’identité n’existe pas au Royaume-Uni. De plus, le secrétariat d’Etat à l’intérieur de l’époque, pourtant souvent porté sur les documents officiels, n’établit ni papiers prouvant une quelconque citoyenneté britannique, ni registres de ceux qui s’étaient effectivement établis en métropole. Pour compléter le tableau, en 2010, les tickets de débarquement appartenant aux « immigrants Windrush » furent intégralement détruits par les autorités.
Les temps changent, et dans un scénario bien rodé maintenant, la reconstruction étant finie, et la situation devenant économiquement plus difficile, la main-d’oeuvre étrangère est priée d’aller voir ailleurs. En 2012, l’actuelle Premier ministre veut sauver la Grande-Bretagne du péril de l’immigration illégale, et pour cela, elle renforce la législation britannique. Désormais, pour louer un appartement, trouver un travail, bénéficier de soins financés par la sécurité sociale, il faut pouvoir prouver sa citoyenneté britannique. Ce qui peut s’avérer efficace contre les clandestins fait aussi des dégâts chez les Windrush, en les plongeant dans un imbroglio administratif sans fin. Le gouvernement demande des papiers qu’il n’a pas fournis. Certains perdent leur logement, d’autres n’arrivent plus à retrouver du travail dans un schéma façon “kafka”.Cependant, au lieu de faire face, la première réaction du gouvernement fut celle de la politique de l’autruche. Pourtant, très vite le gouvernement a été prévenu par plusieurs organisations non-gouvernementales des difficultés auxquelles auront à faire face ces citoyens britanniques, qui auraient du mal à prouver leur citoyenneté. Cependant, le contexte international faisait de la lutte contre les clandestins, un levier efficace pour rassurer les concitoyens et assurer des voix aux élections.Le scandale finit tout de même par éclater avec l’accumulation des menaces d’expulsion, qui touche de plus en plus de personnes en situation parfaitement légale. Le gouvernement finit néanmoins par présenter ses excuses aux chefs d’Etat caribéens. La Première ministre, a déclaré vouloir “dissiper toute impression que son gouvernement serait en train de sévir contre les citoyens du Commonwealth”. Le gouvernement promet aussi, une compensation financière pour certains citoyens de la « génération Windrush ».Politiquement, la démission de la ministre de l’Intérieur, Amber Rudd a servi de fusible pour compenser les errances de la première ministre Theresa May. Elle est remplacée de manière très opportuniste par Sajid Javid, le fils d’un immigrant pakistanais. Pas sûr, que cela évite au parti conservateur un vote difficile lors des élections locales prévues le 3 mai.Crédit photo : Paul Townsend

 

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