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Italie : Domenico Lucano, “la bête noire” de Matteo Salvini, arrêté

le 4 octobre 2018 à 17:57 

On ne peut pas dire, que les prises de position et les actions de Domenico Lucano, le maire de la petite ville de Riace, en Calabre et sympathisant communiste de 60 ans, soient dans l’air du temps en Italie. Il représente tout ce que l’actuel ministre de l’Intérieur italien d’extrême droite Matteo Salvini déteste. Domenico Lucano, a été élu et réélu maire depuis 2004 de cette petite ville de moins de 2 000 habitants. Il ne peut que constater, l’inévitable déclin de sa ville, en proie à la désertification et au marasme économique. Domenico Lucano, avait impulsé une politique d’accueil pour redynamiser la ville. Aujourd’hui, Riace compte plus de 600 ressortissants étrangers parmi ses résidents.

Pas étonnant donc, que ce maire se trouve dans le collimateur de la justice italienne. Il est soupçonné d’aide à l’immigration clandestine et d’irrégularités dans l’octroi des financements pour le ramassage des ordures de son village. Il est également accusé d’avoir organisé des mariages blancs entre des habitants de Riace et des migrants, pour leur obtenir un titre de séjour. Cependant, pour l’instant, il n’a été retenu qu’une seule une conversation interceptée par les magistrats, dans laquelle l’élu proposait de marier “en une journée” une Nigériane déboutée de sa demande d’asile.

Les charges sont assez minces, surtout au regard des moyens mis en œuvre et de l’ampleur de l’enquête. Des esprits chagrins, font remarquer que certains chefs de la mafia, ont parfois mobilisé moins de moyens pour essayer de les arrêter. Les magistrats locaux, ont écarté toute malversation ou escroquerie de grande ampleur, pointant tout au plus, quelques maladresses dans la gestion au quotidien de Riace.

Cependant, il s’agit de faire quelque chose et pourquoi ne pas ternir un peu l’image de celui, qui en 2016, était consacré comme un des 50 dirigeants les plus importants de la planète par le magazine américain Fortune. En août, Domenico Lucano, faisait une grève de la faim pour protester contre la décision du ministère de l’Intérieur de couper les fonds à son village. Il sait, qu’il était devenu une cible prioritaire du gouvernement.

Le président de la région Calabre, Mario Oliverio, du Parti démocrate, évoquait déjà une “volonté politique d’étouffer le modèle Riace, qui contredit la ligne xénophobe du gouvernement”.

Sur le terrain, l’arrivée des réfugiés, a bouleversé le petit bourg. Il a fallu mettre en place un modèle d’intégration original, dans lequel les migrants comblent des vides créés par l’exode rural, et participent à la relance de l’artisanat traditionnel (couture, céramiques, verrerie…). Du coup, la vie reprend et l’école et les bars entre autres, ont ré-ouvert.

Bien sûr, tout ne s’est pas toujours déroulé parfaitement, mais cet ex-professeur de chimie, qui vit désormais en couple avec une réfugiée résume bien les choses, “ce projet, c’est comme être amoureux. Il y a des moments de solitude, d’amertume, mais il faut s’accrocher, parce que c’est magique”.

A travers, l’arrestation et la mise en accusation même minime de Domenico Lucano, c’est aussi un message que lance Matteo Salvini, à ceux qui se mettraient un peu trop en travers de son chemin. Il a déclaré, “attendons ce que diront les droits-de-l’hommiste”. Des méthodes d’intimidation bien dans la lignée des traditions de sa tendance politique.

Crédit photo : RadioAlfa

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