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Super-Gotlib a échappé a l’attraction terrestre d’Isaac Newton

le 5 décembre 2016 à 11:54 

superdupont_photo-de-gwendal-uguen

Et, pif ! Ça fait mal dans les années 70, Marcel Gottlieb dit “Gotlib” est parti, il est allé dessiner des coccinelles au paradis. Les amateurs de BD et de non-sens, n’ont qu’à se faire à l’idée que la période de(Ru)brique-à-brac de ces années insouciantes est à ranger dans les dossiers un peu dingues d’un moment où les( n)anards étaient à la mode.
Pourtant, la vie ne s’est pas présentée de la manière la plus joviale pour ce futur Gai-Luron. Le jeune Marcel Gottlieb est né en 1934, un 14 juillet. Pendant la guerre, toute sa famille porte l’étoile jaune. Son père est déporté en septembre 1942 par la police française. Sa mère le cache en Normandie, dans une famille pas vraiment très sympathique, dont il ne gardera pas un très bon souvenir. Après la guerre, il travaille d’abord dans la comptabilité, fait son service militaire et se met à faire le tour des éditeurs de Paris avec ses dessins.
Ses grands débuts se font chez les communistes des Editions Vaillant. Il prend place à côté du gadget que propose Pif le chien en créant la série Nanar, Jujube et Piette, il invente aussi le personnage de Gai-Luron, sorte de Droopy avec la même joie de vivre et le même entrain.
C’est bientôt l’épopée mythique de Pilote à partir de 1965, Gotlib et ses amis s’attaquent aux codes de la BD franco-belge. Sous la férule de René Goscinny, on retrouve entre autres Isaac Newton et sa pomme, les brocolis, la blague du fou, qui repeint son plafond, et plein d’autres à travers une multitude de courts exposés, ne durant pour la plupart que deux pages. Il n’y a pas vraiment de personnage central, mais on y démontait les clichés, et les travers du cinéma, de la pub et de différentes institutions.
Il est bientôt temps de voler de ses propres ailes et en 1972, avec Claire Bretécher et Nikita Mandryka (dont une planche avait été refusée par Goscinny), il crée l’Echo des savanes. Signe des temps, c’est une revue érotique et scato tournée vers les adultes qui confirme que la BD s’adresse à tous, et devient un art à part entière. L’expérience ne dure pour lui que dix numéros et entrainera l’album cul(te) Rhââ Lovely. En 1975, il fonde la revue de BD Fluide Glacial, qu’il revendra en 1995 à Flammarion. C’est la période de Pervers pépère et surtout de Superdupont, le super-héros 100 % français, symbole d’une satire qui n’hésite pas à s’en prendre au patriotisme stupide, à la religion stigmatisante et aux comportements bêtement réactionnaires.
En 1984, à l’âge de 50 ans, l’artiste stoppe tout, sans vraiment de raison particulière, lui-même ne fournira jamais d’explication. En 1993, il publie son autobiographie, « j’existe, je me suis rencontré ».
Maintenant, on sait pourquoi Gai-luron est triste, hamster sera moins jovial, Dupont moins super. Nous ne sommes plus dans la joie jusqu’au coup, cependant, ne cédons pas à la nostalgie facile, il nous reste en (cinéma) stock, un tas de truc en vrac, et même si les vécés sont fermés de l’intérieur, il constitue un ultime coin de liberté où les pervers pépères que nous sommes tous un peu, pourrons continuer à lire Rhâ-Gnagna.

Crédit photo : Gwendal Uguen

 

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