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L’Azerbaïdjan porte plainte contre les deux journalistes, Élise Lucet et Laurent Richard

le 6 septembre 2017 à 6:27 

C’est un procès un peu spécial, qui se déroule au tribunal correctionnel de Nanterre. Un peu spécial, car le plaignant n’est autre qu’un pays, en l’occurrence l’Azerbaïdjan. Celui-ci accuse deux journalistes d’avoir employé le terme de “dictature” à son encontre. La question de fond réside dans la possibilité ou non qu’un État étranger puisse poursuivre un journaliste en diffamation sur le sol français. Cela porterait un coup terrible à la liberté de la presse.

Concernant les faits, c’est simple, l’Azerbaïdjan attaque en diffamation Élise Lucet et Laurent Richard, car ils ont tous les deux qualifié le régime de Bakou de dictature. Pourtant, ce n’est pas la première fois que le terme de dictature est accolé à ce pays. De nombreux journaux, ont employé ce terme pour dénoncer entre autres, l’absence de presse libre et l’emprisonnement systématique des opposants politiques. Il n’y a pas eu de réactions aussi brutales de la part de l’Azerbaïdjan.

Seulement voilà, dans le reportage d’Élise Lucet, qui lui vaut ses ennuis judiciaires, il n’est pas simplement question du fonctionnement du pays, mais aussi des accointances de certains élus français avec le pays. Le reportage s’est efforcé de montrer les travers de la diplomatie française, parfois franchement tournée vers le business. Ce n’est donc pas étonnant, qu’au cours du procès, les témoins de la partie civile fassent partie de l’Association des amis de l’Azerbaïdjan, qui bénéficie des mannes de la fondation Heydar-Aliev de la première dame et vice-présidente du pays.

Quoi qu’il en soit, il apparaît clairement difficile que le tribunal se risque à définir la nature d’un régime politique étranger ou même de trancher dans le fait que le terme dictature soit inacceptable ou pas. La défense des deux journalistes fait justement remarquer « qu’un État ne peut pas être considéré comme un particulier » et donc agir en diffamation. L’avocat a pour lui la jurisprudence, depuis que la cour d’appel de Versailles a confirmé, un non-lieu en faveur du député UDI François Rochebloine, poursuivi par l’Azerbaïdjan pour l’avoir qualifié « d’État terroriste ».

Plus techniquement parlant, il apparaît un réel danger pour la liberté de la presse, car cela donnerait la possibilité à un État étranger le droit de poursuivre un journaliste en diffamation sur le sol français, alors même que l’État français ne dispose pas lui-même de ce droit.

Le mot de la fin pour Élise Lucet, toujours en phase avec l’actualité, « imaginez la Corée du Nord porter plainte quarante-sept fois par mois contre des journalistes ».

Crédit photo : Alatele fr

 

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