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Le 8 mai 1945, ou la face cachée du “rôle positif de la France en Afrique du Nord”

le 7 mai 2011 à 18:13 

C’est jour de deuil en Algérie en ce 8 mai 1945: des dizaines de milliers d’Algériens ont été massacrés, lynchés, torturés, jetés dans des fours à chaux par l’armée française et les colons dans plusieurs villes de l’est du pays, après avoir seulement revendiqué le droit à l’existence, la fin du colonialisme, au lendemain de la victoire des alliés sur le nazisme. Pourtant, à Sétif comme à Guelma, Kherrata ou d’autres villes de l’est du pays, on avait cru, un moment, un bref instant, que les festivités marquant la fin du nazisme en Europe, étaient également le début de la fin de la longue nuit coloniale.

A Sétif, et dans les villes du ”Constantinois”, les colons et l’armée coloniale découvrent, effarés, que les Algériens, eux également revendiquent leur liberté. L’affranchissement du joug colonial, après avoir participé, eux également, à la victoire des forces alliées contre les nazis. Et ils défilent à Sétif portant drapeau algérien et pancartes où sont inscrits les slogans ”Libérez Messali”, ”Vive l’Algérie libre et indépendante”,

”A bas le colonialisme”. Ou encore “L’arabe est ma langue, l’Algérie mon pays, l’islam ma religion”.

Le jeune manifestant, Bouzid Saal, refuse de baisser le drapeau algérien qu’il porte et est abattu par un policier. C’est le début, en ce triste 8 mai 1945 pour les Algériens, d’une effroyable tuerie, un génocide. Mais, également, le début d’une insurrection généralisée contre le colonialisme. A Guelma, le même jour, la manifestation organisée par les nationalistes, drapeaux algériens et alliés en tête, est arrêtée par le sous-préfet Achiary. La police tire sur le cortège, il y a 4 morts algériens, aucun européen. Achiary décrète le couvre-feu, fait armer la milice des colons. Et, dans la soirée, les arrestations et les exécutions commencent. L’insurrection va se propager avec la nouvelle de la répression dans la région de Sétif, Guelma, Kherrata, JIjel, qui fera plus de 45.000 victimes d’une sauvagerie inouïe, selon la fondation du ”8 mai45”.

A Guelma, le sous-préfet livre des camions bourrés de prisonniers à une mitrailleuse de 24, en position au milieu d’une route. Dans les gorges de Kherrata des algériens sont jetés par grappes du haut des ponts, attachés par des barbelés. A Guelma, on brûle les corps des exécutés dans des fours à chaux pour éliminer les preuves des massacres. Et, ces massacres ”sont amnistiés au nom de la raison d’Etat”, selon des historiens.

”Nos alliés, en cette pré-guerre froide, ne font aucun raffut: il ne faut pas gêner la France”, écrivait en février 2005 la presse française sur cet épisode peu glorieux de la France coloniale, au moment où justement le président Sarkozy, demandait avec énergie que soit inclus dans les programmes scolaires “le rôle positif de la présence française en Afrique du Nord”.

Et, au moment où l’ONU, encore balbutiante, venait de proclamer le ”droit des peuples à disposer d’eux-mêmes”, dans la grande euphorie de victoire contre les Nazis, la France tuait dans l’impunité totale des dizaines de milliers d’Algériens, au nom du ”rétablissement de l’ordre (colonial)”, estiment des historiens. A Paris, le général de Gaule, alors à la tête du gouvernement provisoire, lançait de son côté: “Il ne faut pas que l’Afrique du Nord nous glisse entre les doigts pendant que nous libérons l’Europe”.

Et, le premier reporter à venir sur place enquêter sur les massacres du 8 mai 1945, que les Français essayaient de cacher, était un Américain, Landrum Bolling. Un officier de renseignement anglais, écoeuré par ce qui s’était alors passé dans le plus grand silence médiatique international, lui livre ses archives. Landum Bolling, ancien reporter de guerre de l’agence de presse ONA de New-York, dès lors, n’avait qu’à recopier et faire connaître au monde la face écoeurante du “rôle positif de la présence française en Afrique du Nord”.

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