Top

Printemps arabe : La justice française bloque l’enquête

le 14 juin 2011 à 0:36 

Le printemps arabe en a amplement témoigné : l’enrichissement illicite et les frasques des dirigeants politiques ne sont plus acceptés par les peuples, en particulier ceux qui, dans des pays potentiellement riches, croupissent dans la misère.

Les détournements d’argent opérés par les familles Ben Ali, Moubarak et Kadhafi ont alimenté les révoltes au nord de l’Afrique, et une colère similaire se développe sur le reste du continent. Ces réflexes légitimes sont encouragés par les discours occidentaux prônant la «bonne gouvernance». C’est pourquoi le refus que vient d’opposer le parquet de Paris, soumis statutairement au pouvoir exécutif, à la demande de deux juges d’instruction d’élargir leurs investigations dans l’affaire des «biens mal acquis» par les familles de trois chefs d’Etat africains est incompréhensible.

Saisis d’une plainte déposée en 2008 pour «recel de détournement de fonds publics» à l’initiative des organisations non gouvernementales Transparence internationale et Sherpa, les deux magistrats possèdent déjà un inventaire des achats suspects, notamment immobiliers, effectués en France par les familles des présidents du Congo-Brazzaville, du Gabon et de la Guinée équatoriale avant le dépôt de la plainte. Leurs investigations viennent de révéler que ces transactions s’étaient poursuivies depuis lors. Les juges d’instruction avaient besoin du feu vert du parquet pour enquêter sur ces opérations récentes et déterminer l’origine des fonds utilisés. Le refus du parquet est sans appel. Or, policiers et douaniers ont établi de nombreux faits troublants.

«La présence de “biens mal acquis“ pourrait être suspectée», écrivent les enquêteurs de la cellule gouvernementale anti-blanchiment Tracfin eux-mêmes. Mais l’enquête qu’ils appellent de leurs vœux, entravée par le parquet, n’aura pas lieu. Le président français peut-il soutenir les peuples arabes en révolte contre leurs dirigeants corrompus, alors que son ministre de la Justice couvre pareille interdiction d’enquêter sur les «biens mal acquis» un peu plus au sud ? La France a ratifié la convention de l’ONU contre la corruption de 2003, qui fait de la restitution des avoirs frauduleux un principe du droit international. Il est temps qu’elle la mette en œuvre concrètement.

1 Star2 Stars3 Stars4 Stars5 Stars (Pas d'évaluation)
Loading...

N'hésitez pas à laisser un commentaire ...
et oh ! si vous voulez une image pour vous montrer avec votre commentaire, allez obtenir un Gravatar!





*

Bottom