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Les Bajau, un exemple de l’adaptation génétique en action

le 16 juillet 2018 à 17:29 

L’intérêt des scientifiques pour les Bajau, un peuple indonésien capable de plonger de longues minutes en apnée sans aucune difficulté, a dépassé la simple curiosité. Ceux-ci ont pratiqué des échographies sur une soixantaine de plongeurs qui sont capables d’aller jusqu’à 70 mètres sous la surface et d’y rester plus d’une dizaine de minutes. Ces échographies ont révélé des particularités qui pourraient être d’origine génétique.

Les performances hors du commun, presque quotidiennes de ces plongeurs, qui ramassent durant huit heures par jour des poissons et des crustacés, en restant 60 % du temps en apnée apparaissent, en effet intrigantes aux yeux de nombreux chercheurs. Ils ont décidé donc d’étudier de près l’organisme de ces plongeurs et sont parvenus à percer une partie de leurs secrets. Du moins, c’est ce qu’explique l’étude publiée par la revue Cell.

Tout se jouerait au niveau de la rate des Bajau. Cet organe, considéré comme le “cimetière des globules rouges”, est capable, en se contractant, d’en libérer une certaine quantité, et ainsi d’oxygéner le sang. Melissa Ilardo, du Centre for GeoGenetics de l’Université de Copenhague, au Danemark, a décidé d’étudier cette caractéristique chez les Bajau. Pour y parvenir, la généticienne a échographié la rate d’une soixantaine de Bajau, ainsi que celle de 34 autres Indonésiens, membres quant à eux du peuple des Saluan, un groupe qui ne pratique pas la plongée.

Plongeurs ou non, les Bajau présentaient tous une rate d’environ 50 %, plus volumineuse que leurs proches voisins Saluan. Cela serait dû à un gène particulier baptisé PDE10A, qui serait lié à l’augmentation de la taille de la rate des Bajau. Les auteurs de l’étude expliquent que le gène “est en effet connu, pour réguler l’hormone thyroïdienne qui contrôle la taille de la rate, ce qui soutient l’idée que les Bajau ont peut-être évolué pour que leur rate dispose de la taille nécessaire pour accompagner leurs longues et fréquentes plongées”.

C’est à partir de là, que l’on sorte du simple cadre de la curiosité, car si la théorie de Melissa Ilardo et son équipe est juste, ce serait la première fois qu’une preuve d’une adaptation génétique est identifiée chez l’humain.

Du coup, certains émettent des réserves quant aux conclusions des chercheurs. Edward Gilbert-Kawai, médecin-physiologiste à l’Université de Londres, considère notamment, “qu’il est hautement improbable que la taille de la rate soit contrôlée par un seul gène”. Des analyses plus poussées seront donc nécessaires pour déterminer avec exactitude le rôle du gène PDE10A dans la taille de la rate humaine.

Cela n’empêche pas Mark Aldenderfer, archéologue de l’Université de Californie à Merced, de rappeler que cette étude montre que “la sélection naturelle est toujours à l’œuvre sur les populations humaines”.

Crédit photo : Aaron Gekoski

 

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