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Espagne : un procès historique des bébés volés débute

le 27 juin 2018 à 12:15 

Chaque pays, a des épisodes de son histoire qui agissent comme des “brûlures” quand ils reviennent à la surface. La justice espagnole va pour la première fois, juger un médecin accusé d’avoir contribué au vol de plusieurs milliers de bébés sous la période franquiste. Cette première audience va sûrement soulever des moments douloureux qu’une partie de la société espagnole n’a peut-être pas trop envie de se souvenir, car elle pourrait ouvrir la voie à beaucoup d’autres mises en accusation.

Il s’appelle Eduardo Vela, il est maintenant âgé de 85 ans. Cet ancien obstétricien à la clinique San Ramon de Madrid, est accusé d’avoir séparé Inès Madrigal, employée des chemins de fer de 49 ans, de sa mère biologique et d’avoir falsifié son acte de naissance, en juin 1969. Cependant, derrière le procès de ce vieux monsieur, dont la première audience vise à déterminer si son état de santé lui permet d’être jugé, c’est tout un système et des pratiques sombres que des associations veulent mettre en lumière.

Le témoignage crucial de cette affaire est celui de la mère d’Inès Madrigal, Inès Pérez, décédée depuis. Cette dernière, qui ne pouvait pas avoir d’enfant, a raconté que le docteur Vela lui avait proposé un bébé. Il lui avait demandé de simuler une grossesse, puis l’avait déclarée comme la mère biologique du nouveau-né. Une pratique assez courante visiblement, et le docteur Vela avait reconnu en 2013 avoir signé “sans regarder” le dossier médical qui indique, qu’il a assisté à l’accouchement. Inès Madrigal explique, “je suis inscrite comme fille d’une femme stérile qui n’a jamais accouché”.

Elle n’est surtout pas la seule, des cas comme le sien pourraient se compter par dizaines de milliers, selon des associations. Le trafic qui a commencé sous la dictature de Franco aurait bénéficié de la complicité de l’Église catholique. Les enfants étaient retirés à leurs parents après l’accouchement, déclarés morts sans qu’on leur en fournisse la preuve, et adoptés par des couples stériles. Au départ, ses couples étaient de préférence, proches du régime “national-catholique”.

Cette pratique était utilisée comme une sanction, après la guerre civile (1936-1939), envers les opposantes accusées de transmettre le “gène rouge” du marxisme. Elle s’est ensuite généralisée aux enfants nés hors mariage, ou dans les familles pauvres ou très nombreuses. Le trafic a perduré sous la démocratie, au moins jusqu’en 1987.

Le scandale, a été dénoncé pour la première fois dans la presse en 1982, aucune des plus de 2 000 plaintes déposées, selon les associations, n’a abouti. “Ce qui unit les trois époques, c’est le mot impunité“, affirme Soledad Luque, présidente de l’association “Tous les enfants volés sont aussi mes enfants” dont la plainte visant à retrouver son frère jumeau a été classée.

On retrouve cette même pratique en Argentine pendant la dictature militaire de 1976 à 1983. Deux anciens chefs de la junte militaire, Jorge Videla et Reynaldo Bignone, ont été condamnés en 2012 pour ces vols d’enfants.

Crédit photo : David

 

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