Économie

L’Allemagne accélère son programme de réformes, en mettant l’accent sur les dépenses de défense et la réforme des retraites

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Publié par Matthieu Delpont

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Analyse de Morgan Stanley

Jens Eisenschmidt (analyste macroéconomique européen) résume les principaux enseignements d’un voyage à Berlin avec des décideurs politiques et des experts en politique économique et de défense. Le message principal pointe vers une accélération du programme de réformes allemand avant l’été, en mettant l’accent sur les retraites, le marché du travail, la défense et les investissements publics. Même si la mise en œuvre restera progressive, les autorités cherchent à envoyer un signal plus clair de leur engagement en faveur de la croissance structurelle et de la compétitivité de l’économie allemande.

La réforme des retraites apparaît comme une priorité majeure pour les marchés, avec des attentes croissantes d’une transition plus marquée vers des régimes partiellement capitalisés et une allocation accrue aux marchés financiers, suivant des modèles similaires à celui suédois. Cela serait positif pour les gestionnaires d’actifs, les plateformes d’investissement et les banques exposées à l’Allemagne, comme DWS, flatex, DEGIRO, Deutsche Bank, BNP Paribas, UBS et Amundi, et pourrait encourager le développement des marchés de capitaux européens.

En défense, le message des experts consultés suggère que la dynamique des commandes reste intacte, quoique plus tardive que ce que le marché avait prévu. Le principal goulot d’étranglement n’est plus le manque de budget, mais plutôt la capacité d’exécution du système de passation des marchés publics et la nécessité d’étendre la capacité industrielle. Même si les réformes visant à accélérer l’attribution des contrats progressent lentement, il existe une forte conviction que le rythme des achats s’accélérera considérablement vers la fin de l’année, ce qui permettra d’atteindre l’objectif du gouvernement de 120 milliards d’euros de dépenses de défense, par rapport au taux annualisé actuel d’environ 83 milliards d’euros.

Le budget 2027 et le fonds d’infrastructure restent au cœur de la stratégie de croissance de l’Allemagne. Le gouvernement maintient son objectif de soutenir l’investissement public à travers un fonds de 500 milliards d’euros sur un horizon d’un an, même si diverses parties prenantes reconnaissent que le déploiement des dépenses sera probablement plus progressif que prévu initialement. Néanmoins, la flexibilité temporelle du fonds, la capacité de transférer des ressources entre les exercices financiers et les engagements d’investissement à long terme devraient soutenir l’expansion des capacités et limiter les pressions inflationnistes associées à l’augmentation des dépenses. En parallèle, le « Fonds Allemagne », conçu pour mobiliser des capitaux privés grâce à des garanties publiques, est considéré comme un autre outil clé pour stimuler l’investissement et la croissance, même si sa pleine mise en œuvre prendra encore du temps.

Les réformes du travail et de la fiscalité font également partie du paquet que le gouvernement compte faire adopter avant l’été. Parmi les mesures en discussion figurent un éventuel assouplissement de la protection contre le licenciement pour les hauts salariés ou les petites entreprises, ainsi que le passage d’une limite journalière de la durée du travail à un cadre hebdomadaire aligné sur la réglementation européenne. Sur le plan budgétaire, l’objectif serait d’alléger le fardeau qui pèse sur les revenus moyens et faibles, même si cela est conditionné à la nécessité de compenser l’impact budgétaire par une augmentation des recettes ou une réduction des dépenses. Au-delà de l’effet direct sur le revenu disponible, les autorités estiment que ces mesures pourraient favoriser l’offre de main d’œuvre dans un contexte marqué par une population vieillissante et une main d’œuvre en diminution.