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Education sexuelle : la France toujours mauvaise élève

le 2 mai 2017 à 9:28 

Aucun deéducation-sexuelle-pornographie-ennocences deux candidats restants à la présidentielle n’a, pour le moment, abordé le sujet de l’éducation sexuelle pour les enfants et adolescents. Il y a pourtant urgence : malgré un programme lancé par le gouvernement en mars 2017, la France accuse un retard considérable dans ce domaine. Pour l’association Ennocence, il est grand temps d’agir, et notamment à l’heure où la pornographie s’invite dans le smartphone des plus jeunes.

Préconisation de l’abstinence et interdiction de la masturbation, les premiers éléments de discours d’éducation sexuelle en France avant la Seconde Guerre mondiale étaient placés sous l’égide de la morale traditionnelle. A partir de 1945, ce discours pédagogique se mue en un programme, le Plan Langevin-Wallon, où là encore, il est précisé que l’objet de pareils enseignements est de détourner les plus jeunes de toute déviance.

On prône alors la mixité pour éviter tout comportement homosexuel et la masturbation reste une perversion interdite. Il faudra attendre les années 1970 pour que le corps médical (sexologues et gynécologues), dans le cadre de la libéralisation des mœurs, entre dans les écoles pour dédiaboliser le sexe et ses conséquences. Mais depuis lors, ce type de programmes est largement tombé en désuétude.

Des initiatives non suivies

Avant 15 ans, 20 % des jeunes sont déjà sexuellement actifs et donc confrontés aux maladies et infections sexuellement transmissibles, mais aussi aux grossesses et à l’avortement (15 000 IVG par an chez les moins de 18 ans). Pour prendre en compte cette réalité, la loi Aubry du 4 juillet 2001 prévoyait trois à quatre heures d’éducation sexuelle à partir de l’âge de 4 ans. Mais pour certains professionnels de la santé, cette loi a été ignorée : un quart des écoles primaires, 4 % des collèges et 11 % des lycées se dispensent d’un tel programme. C’est pourquoi l’actuelle ministre de la Santé, Marisol Touraine, a lancé le 28 mars dernier une nouvelle « stratégie globale d’amélioration et de promotion de la santé sexuelle des Français », prévue pour durer jusqu’en 2030.

Le but de la ministre de la Santé est simple : éduquer les jeunes à la sexualité, renforcer la prévention face aux MST, améliorer la santé reproductive et montrer les différents types de sexualités qui existent. Une avancée, certes, par rapport Royaume-Uni qui interdit de pareils enseignements aux moins de 16 ans, mais rien de comparable aux pratiques de nos voisins belges qui prônent depuis longtemps une telle éducation, et ce dès le plus jeune âge et avec succès.

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Ainsi, pour le professeur Israël Nisand, gynécologue-obstétricien, il faudrait commencer ce programme « dès l’âge de 4 ans. Les jeunes finissent par comprendre qu’il est naturel de parler de ces choses avec les adultes ». Et donc aborder la pornographie avant qu’elle ne devienne un problème. Par ailleurs, ce plan ne comprend pas de volet « numérique ». Pourtant, selon l’étude annuelle « Junior connect » d’Ipsos, « les 13-19 ans passent plus de 15 heures par semaine sur internet, tandis que les 7-12 ans y passent en moyenne 6h10 et les 1-6 ans plus de 4h30 »…

Le danger de la pornographie 

En effet, à l’ère du numérique et de l’instantanéité, où tout est accessible depuis un simple smartphone, images et vidéos pornographiques s’invitent désormais dans la chambre des enfants sans crier gare. Et cela peut se faire par le simple biais d’un site de streaming. Ces derniers, dont une grande partie des visiteurs sont des enfants et des adolescents, regorgent de publicités et pop up présentant des contenus à caractère pornographiques.

Pour les adolescents, c’est la porte d’entrée vers un nouvel univers. Désormais, images et vidéos s’échangent et se partagent sur les smartphones et les réseaux sociaux, et le porno n’est plus un épiphénomène dans leur vie, mais une normalité, une récurrence, au risque de créer une addiction, au même titre que l’alcool, la drogue ou le tabac.

Et selon plusieurs chercheurs, la pornographie représente un réel danger pour les jeunes. En effet, le cortex préfrontal qui régule le plaisir, ne se forme totalement qu’à partir de 20 ans. Dès lors, pour les adolescents n’ayant pas encore atteint ce palier, regarder de la pornographie est particulièrement néfaste : moins d’empathie envers les victimes de viol, diminution du désir pour son partenaire, volonté d’avoir une sexualité de plus en plus violente et dégradante… Par ailleurs, la pornographie peut être à l’origine de comportements dangereux, de troubles érectiles ou encore d’une dépression. Les enjeux sont donc particulièrement importants.

C’est en tout cas ce qu’estime l’association Ennocence, fondée en 2015 et dont l’objectif est d’alerter les pouvoirs publics et de sensibiliser la société « à la nécessité de protéger les enfants contre les accès incontrôlés à la pornographie ». L’association s’est ainsi étonnée, le 27 avril dernier, qu’aucun des deux candidats restants à la présidentielle n’ait véritablement abordé ce thème. Emmanuel Macron étant allé jusqu’à déclarer que « le porno fait partie de la vie »…

Un sondage OpinionWay, commandé en 2016 par Ennocence, a pourtant dévoilé que 55 % des parents interrogés considéraient que leurs enfants regardaient des vidéos sur des sites de téléchargement ou de streaming illégaux, favorisant l’accès aux images à caractère violent ou pornographique. Pire encore, 14 % des 9-16 ans et 36 % des 15-16 ans avouent avoir déjà surfé sur des sites pour adultes… Une triste réalité que les décideurs politiques ne semblent toujours pas prendre en compte.

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