Économie

La BCE s’apprête à relever ses taux d’intérêt face à la résurgence des risques d’inflation

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Publié par Matthieu Delpont

Publié le

Par Josefina Rodríguez

Nous attendons de la BCE qu’elle augmenter les taux de 25 points de base lors de la réunion de jeudi, portant le taux de la facilité de dépôt à 2,25%conforme aux attentes du marché. Cette décision sera probablement présentée comme un réponse à des perspectives d’inflation plus persistantespiloté par prix de l’énergie plus élevés par rapport aux prévisions de mars.

Même si la croissance s’est affaiblie, le Conseil des gouverneurs soulignera probablement la nécessité de se prémunir contre le risque de désancrage des anticipations d’inflation. La communication doit rester formellement dépendant des données et adopter une approche au cas par cas, avec des orientations limitées sur la voie à suivre.

Points clés

La crise énergétique est devenue plus persistante: bien que les prix de l’énergie se soient stabilisés depuis la réunion d’avril, ils restent nettement supérieurs aux niveaux envisagés dans les prévisions de mars, et les courbes des contrats à terme se sont déplacées vers le haut. Cela laisse présager une crise énergétique plus persistante que prévu, avec une pression continue à la hausse sur l’inflation à court terme. Le contexte énergétique reste donc un facteur clé dans la réévaluation des perspectives de la BCE.

Les pressions inflationnistes s’intensifient: l’inflation globale a atteint 3,2% en mai et devrait rester élevée à court terme, tirée par la hausse des prix de l’énergie et les effets de second tour. L’inflation sous-jacente s’est également accélérée et a surpris à la hausse, avec une nouvelle hausse de l’inflation des services et des indicateurs d’enquête pointant vers des pressions accrues sur les prix. Même si les effets de second tour restent limités pour l’instant, les anticipations d’inflation à court terme ont légèrement augmenté, ce qui maintient les risques pesant sur les perspectives d’inflation à la hausse.

L’activité s’affaiblit à mesure que l’impact se fait sentir: dans le même temps, les perspectives de croissance se sont modérées. Les données d’enquêtes récentes pointent vers une baisse de l’activité dans tous les secteurs, et les indicateurs avancés suggèrent une dynamique modérée à l’approche de l’été. Le PIB du premier trimestre a également été révisé à la baisse, à -0,2%, renforçant la perte de dynamique. La hausse des prix de l’énergie et le resserrement des conditions financières pèsent sur la demande, renforçant le sentiment que la BCE est désormais confrontée à une combinaison plus difficile de croissance plus faible et d’inflation plus élevée.

Les perspectives s’éloignent du scénario de référence de mars: par rapport aux prévisions de mars, les dernières données pointent à la fois vers une inflation plus élevée et une croissance plus faible, ce qui rapproche les perspectives du scénario défavorable de la BCE. Par conséquent, les prévisions actualisées des experts devraient réviser l’inflation à la hausse pour la période 2026-2027, avec un profil plus persistant, tandis que les prévisions de croissance devraient être révisées à la baisse.

Message de politique monétaire: resserrement, mais soigneusement calibré : nous nous attendons à ce que le Conseil des gouverneurs justifie la hausse des taux comme un ajustement mesuré face à des perspectives d’inflation plus persistantes, plutôt que comme le début d’un cycle de resserrement agressif. La déclaration mettra probablement l’accent sur une grande incertitude, la nécessité de surveiller les risques d’inflation et l’importance d’empêcher une rupture de l’ancrage des anticipations d’inflation. Dans le même temps, la BCE devrait garder toutes les options sur la table, réitérant que sa politique restera dépendante des données.

La conférence de presse mettra probablement l’accent sur la flexibilité et l’adaptabilité: La présidente Lagarde présentera probablement la décision comme étant appropriée à la lumière de l’évaluation actualisée des perspectives d’inflation. Toutefois, nous n’attendons pas de signaux clairs concernant la voie à suivre. Au lieu de cela, elle soulignera probablement que la BCE a besoin de davantage de données, notamment sur la persistance de l’inflation et des effets de second tour, avant de déterminer les prochaines étapes.

Notre point de vue

Nous nous attendons à ce que la BCE relève ses taux de 25 points de base lors de la réunion de cette semaine et mette en œuvre une nouvelle hausse plus tard dans l’année, portant le resserrement total en 2026 à 50 points de base. Selon nous, ces mesures doivent être interprétées comme des hausses « préventives », visant à contrer le risque d’effets de second tour et de découplage des anticipations d’inflation suite à la crise énergétique. Même si la zone euro part d’une position plus favorable qu’en 2022, le récent changement de communication suggère que le Conseil des gouverneurs n’adopte plus simplement une approche attentiste et est prêt à agir lorsque les risques d’inflation refont surface. Nous prévoyons que le cycle de resserrement restera limité et réversible, avec un nouvel assouplissement de la politique monétaire en 2027 à mesure que le choc énergétique s’atténuera.